À la une, Eclairage

Le spectre dans la machine

« Je n’ai pas d’idée. » C’est par cet aveu qu’a commencé la rédaction de cet article. Pour briser la page blanche, j’ai sollicité une Intelligence Artificielle. Le résultat ? Une réflexion sur nos peurs, notre snobisme de l’effort et cette question : l’IA est-elle le pinceau du futur ou le fossoyeur de l’art ?

C’est par cet aveu, sans doute le plus redouté de tout rédacteur, que ce texte a commencé. Mais contrairement à mes prédécesseurs qui auraient fixé une page blanche ou multiplié les cafés, j’ai choisi de briser le silence en interrogeant une Intelligence Artificielle. « Peux-tu m’aider ? », lui ai-je demandé. Quelques secondes plus tard, une liste de sujets s’affichait, et parmi eux, celui que vous lisez actuellement.

Cette genèse hybride soulève une question qui agite aujourd’hui les galeries d’art comme les rédactions : l’IA est-elle le pinceau du futur ou le fossoyeur de l’originalité ? En collaborant avec un algorithme pour structurer ma pensée, ai-je délégué ma créativité ou ai-je simplement utilisé un outil plus sophistiqué qu’un dictionnaire de synonymes ?

Alors que les générateurs d’images et de textes redéfinissent les frontières du possible, il est temps d’explorer si la machine vient réellement remplacer l’artiste, ou si elle agit comme un miroir, nous forçant à redéfinir ce qui, dans l’acte de créer, reste désespérément et magnifiquement humain.

« Lors de mon échange avec Gemini, l’IA n’a pas ‘inventé’ l’article. Elle a agi comme un partenaire de sparring, proposant des pistes que mon cerveau humain a ensuite dû filtrer, rejeter ou embrasser. C’est ici que réside la nuance : l’outil propose, mais l’humain dispose. » Pas de culpabilité, le texte est le mien.. »On en vient à penser que les outils de l’intelligence artificielle sont devenus des guides, mais que l’humain reste au centre des décisions. « Critiquer l’IA comme une fin de la créativité, c’est oublier que l’outil ne donne que ce qu’on lui insuffle. La machine n’est qu’un amplificateur : elle amplifie le génie des audacieux et souligne le vide des peureux. »

La peur, compagne historique de l’innovation

Le complexe de Socrate : Socrate craignait que l’invention de l’écriture ne détruise la mémoire des hommes. On sait aujourd’hui que l’écriture a simplement permis d’étendre notre savoir.

La trahison de la photographie : Au XIXe siècle, les peintres criaient à la fin de l’art parce qu’une boîte noire pouvait capturer la réalité mieux qu’un pinceau. Résultat ? La peinture s’est libérée du réalisme pour inventer l’impressionnisme et l’abstrait.

L’échantillonnage (Sampling) dans la musique : On disait que le hip-hop n’était pas de la musique parce qu’il « volait » des morceaux existants. C’est devenu le genre le plus influent au monde.

« Le procès en sorcellerie : l’éternelle peur du nouveau ».
Est-ce l’IA que l’on craint, ou le fait qu’elle révèle que beaucoup de productions humaines sont, au fond, assez génériques ? L’IA ne menace que ceux qui produisent sans âme ni intention singulière.

Le snobisme de l’effort :
On a tendance à croire que si c’est facile, ce n’est pas de l’art. Mais l’art réside-t-il dans la souffrance de l’exécution ou dans la pertinence du concept ?

Vers une créativité augmentée
Au fond, l’intelligence artificielle nous tend un miroir impitoyable. Elle nous oblige à nous demander : qu’avons-nous à offrir que la statistique ne possède pas ? Si un algorithme peut remplacer un artiste, c’est peut-être que cet artiste se contentait de reproduire des formules sans y insuffler de vie.

Le véritable danger n’est pas que la machine commence à penser comme nous, mais que nous commencions à créer comme des machines. L’IA ne signera pas la fin de l’art, pas plus que l’écriture n’a tué la mémoire ou que la photographie n’a tué la peinture. Elle ouvre simplement une nouvelle ère où la technique pure s’efface devant la puissance de l’intention.

Mon échange avec Gemini ne m’a pas ôté ma voix ; il a agi comme un catalyseur. Car si la machine peut suggérer mille chemins, elle reste incapable de ressentir le frisson de celui que l’on finit par choisir. Créer, c’est choisir. Et choisir restera, pour longtemps encore, le privilège sacré de l’humain.
P.dN.

« Article rédigé avec la complicité de l’IA Gemini, mais garanti 100% pensé par un humain

Reportage, Société

La voix humaine à l’ère des écrans

À l’ère des écrans et des voix synthétiques, la parole humaine retrouve une valeur inattendue. Groupes intergénérationnels, lectures à voix haute, échanges vivants… La voix redevient un lieu de rencontre.

À l’heure des messages vocaux, des IA parlantes et des conversations par écrans interposés, la parole directe retrouve une force inattendue. Plus la technologie progresse, plus la voix humaine (la vraie, celle qui vibre dans un espace partagé) semble précieuse. Des initiatives, comme les groupes d’échanges intergénérationnels, redonnent toute sa place à la parole vivante : non pas celle qui s’enregistre, mais celle qui relie.

Parler n’est pas seulement transmettre une information. C’est un acte profondément humain. Une récente étude de l’Université Hébraïque montre comment le cerveau transforme naturellement les sons, les schémas de parole et les mots en conversations fluides. Derrière ce que nous faisons sans y penser se cache une mécanique complexe : relier des couches de langage pour produire du sens, de l’émotion, de la relation. Ces recherches pourraient améliorer les technologies de reconnaissance vocale, mais aussi ouvrir des pistes pour aider les personnes ayant des difficultés de communication. Elles rappellent surtout une évidence : la parole est une architecture vivante.

Dans les groupes intergénérationnels qui se développent en Suisse, cette architecture prend une dimension sociale. Ces rencontres réunissent des personnes d’âges très différents autour d’un échange libre. Les discussions y sont parfois vives, souvent surprenantes. Les participants y découvrent des visions du monde façonnées par des contextes historiques distincts. Écouter une génération qui n’a pas grandi avec les mêmes codes oblige à ralentir, à reformuler, à questionner ses certitudes. La parole devient alors un espace d’apprentissage mutuel ; accepter l’opinion divergente, sans chercher à la dominer, demande une forme de maturité rare.

Claire, 34 ans, participe depuis six mois à l’un de ces groupes. « Au début, je pensais que ce serait poli, un peu formel », raconte-t-elle en souriant. « En réalité, c’est parfois très frontal. Une dame de 72 ans m’a dit que notre génération parlait beaucoup mais écoutait peu. Sur le moment, ça m’a piquée. Puis je me suis demandé si elle n’avait pas raison. » Elle décrit ces rencontres comme un exercice d’humilité : « On arrive avec ses certitudes, on repart avec des questions. Et c’est ça qui est précieux. » Pour elle, la richesse ne vient pas seulement des opinions échangées, mais du ton, des silences, des hésitations : « On entend la personne derrière les mots. »

Autre phénomène révélateur c’est le retour des lectures à voix haute. Des événements comme les Nuits de la Lecture ou les concours scolaires consacrés à la lecture expressive témoignent d’un regain d’intérêt pour cette pratique. Lire à haute voix n’est pas seulement un exercice scolaire ; c’est une expérience collective. L’intonation, le souffle, le rythme donnent au texte une seconde vie. Dans un groupe, la lecture devient un miroir sensible : chacun y projette sa compréhension, sa sensibilité, sa musicalité intérieure.

Des techniques inspirées du théâtre enrichissent aujourd’hui cette pratique, pour adultes comme pour enfants. Certaines plateformes numériques proposent même des lectures performées où la voix, le corps et le silence participent à la narration. La pédagogie s’en inspire : travailler la fluidité et la conscience des sons améliore non seulement la lecture, mais aussi la confiance en soi. Prendre la parole, c’est prendre place.

Au-delà de l’échange et de la pédagogie, la voix touche à quelque chose de plus intime. La voix poétique agit comme un passage entre le monde intérieur et l’espace partagé. Elle transforme le silence en matière sonore, l’émotion en vibration collective. Elle permet d’entendre ce qui, autrement, resterait indicible. Quand quelqu’un lit un poème à voix haute, ce n’est plus seulement un texte : c’est une présence.

À une époque saturée de communications rapides, la voix humaine rappelle une dimension essentielle : parler et écouter prennent du temps. Ce temps n’est pas perdu. Il construit des ponts invisibles entre les individus. Dans un monde où tout peut être enregistré, compressé et retransmis, la parole directe reste un événement fragile et irremplaçable. Et c’est peut-être cette fragilité qui lui donne sa puissance.

P.d.N.