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Archives 03/2006

La vie nocturne

Mathieu Maridor
Une journée de travail qui touche à sa fin, voici le moment de rentrer chez soi, de retrouver ses proches et retrouver un havre de paix. Pour la plupart, nous sommes de légers schizophrènes. Notre comportement n’est pas le même suivant qu’on se trouve au bureau ou à la maison.
La vie nocturne fait ressortir le moi de chaque personne. En effet, que l’on reste tranquillement chez soi, ou que l’on sorte, nous n’éprouvons plus la nécessité de donner une image de nous-même qui ne nous correspondrait pas forcément. En général, on se doit de paraître sérieux et instruits envers ses collègues alors qu’au contraire, on est au fond de soi un bon vivant. Le soir, on est en quelque sorte délivré des contraintes journalières, on retrouve son monde. On est soi-même, ou presque.
Après observation des jeunes personnes qui s’enflamment le samedi soir en boite de nuit, je me demande toujours s’ils sont eux-mêmes. A coup de gel dans les cheveux, de chaînes en or qui brillent, de vêtements de marque et j’en passe, ils tentent de se valoriser par rapport aux autres. S’ouvre alors une véritable compétition entre jeunes pour savoir qui impressionne le plus. Ce n’est plus le rang d’appartenance sociale que l’on met en évidence, bien au contraire. En boite de nuit, en exagérant quelque peu, que tu sois ouvrier ou étudiant, l’important ne réside pas dans les paroles, mais dans la manière de s’habiller ou de sourire. Le but de la soirée est moins de montrer du milieu d’où on est que de s’amuser et de plaire.
La vie dans les discothèques devient alors le simulacre d’une égalité interindividuelle. A cet égard, ceci a quelque chose de beau. Mais il ne faut pas oublier qu’après la nuit vient le jour. Alors quand je vois des jeunes gens comme moi, parfumés, vêtus à la dernière mode, j’ai envie de leur dire, peut-être avec un peu de prétention, « Connais-toi toi-même, démarque-toi des autres non pas par ton style, mais par ta personnalité ».