« No Billag », les médias et les jeunes

Le 4 mars 2018, le peuple Suisse se prononcera sur l’initiative dite « No Billag ». Le texte vise à supprimer tout financement de la Confédération pour financer les médias. Financement qui fonctionne aujourd’hui à travers le système de redevance. La SSR, les radios locales et les chaînes télévisées régionales ne recevraient donc plus aucun soutien public. Et les médias promettent qu’en cas de oui à « No Billag », ils sont tout simplement voués à disparaître. L’initiative ne récolte pas, pour l’instant, la faveur du peuple (65% des suisses seraient contre, selon les derniers sondages). Au cœur du débat : les jeunes et leurs usages des médias, en pleine évolution. L’article.ch est parti à leur rencontre.

Photos: Théophile Bloudanis

L’initiative.

L’initiative dite « No Billag » vise à supprimer la redevance perçue par la Confédération pour financer les télévisions et radios régionales ainsi que la SSR (RTS, SRF, RSI). Les initiants, issus des jeunes PLR veulent ouvrir le marché télévisuel et « libérer » les consommateurs de cette taxe qu’ils jugent contraire au choix de consommation de chacun. Une grande partie des médias régionaux ainsi que de nombreux acteurs de la scène culturelle suisse sont opposés à l’initiative qu’ils jugent antidémocratique : en effet, si l’initiative est acceptée le 4 mars, les opposants prévoient la fin des télévisions et radios régionales ainsi que de la SSR. 13’500 postes de travails seraient supprimés selon les opposants.  Les initiants soutiennent que les jeunes sont favorables à leurs arguments parce qu’ils ne consomment pas ou plus la télévision : ils n’utiliseraient que les téléphones portables et internet pour s’informer et se divertir.

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La Chaux-de-Fonds / Suisse / 24 fév. 2018 Écran cassé, fond parasité ou la mort planant sur les médias, la plupart des affiches dans le canton de Neuchâtel sont opposées à l’initiative.

Les jeunes aussi favorables ?

Pour Oskar, jeune universitaire, cette initiative s’attaque aux médias en général. « Je n’ai pas pu regarder la cérémonie d’ouverture des jeux olympiques en Corée. En revanche, sur le site de la RTS, j’ai pu utiliser le replay et je l’ai trouvé très facilement ! Sans cette redevance, je n’aurais pas pu le regarder ou alors j’aurais dû le payer sur le coup. C’est un exemple tout simple, mais qui concerne beaucoup de gens je pense ! ». Autre point important pour Oskar : selon lui les médias télévisuels comme radiophoniques, perdraient l’impartialité actuelle : les médias privés seraient plus enclins à mettre en avant certains politiciens ou partis plutôt que d’autres. « Je paie et continuerai de payer cette redevance. » conclut-il.

Son avis rejoint celui de Nathanaël, Mauricien, également étudiant, résidant depuis longtemps en Suisse. « Même si je ne peux pas voter, je suis entièrement contre. La télévision actuelle propose des programmes de qualité, une grande impartialité et de manière générale, je considère qu’elle répond bien aux attentes de la population ! » dit-il. Il considère même que pour avoir cette qualité, il faut y mettre le prix, actuellement à 450.- par année, mais qui baissera à 365.- à partir de 2019, la Confédération ayant décidé de changer l’organisme de perception de la redevance. « En ce qui me concerne, je regarde souvent la télévision et les chaînes Suisses, la RTS surtout, pour m’informer et regarder le sport, surtout le football ».

Des avis mitigés comme clairs.

L’avis n’est pas aussi clair pour Célestine, artiste et étudiante. « C’est tout récemment que je me suis vraiment intéressé à l’initiative et aux arguments des deux bords. Au début, j’étais pour. Je comprends les gens qui ne consomment pas la télévision et qui ne veulent pas payer la redevance. Mais je me suis plus informée sur la question et je dois dire que je me rends compte que cette redevance est exactement comme payer les taxes pour les routes ou les assurances. Une solidarité en fin de compte » dit-elle. Elle considère maintenant que, si la redevance est supprimée, les chaînes de télévision prendront un modèle semblable à celui de certaines chaînes privées voisines à la Suisse. « Trop de publicité, des programmes qui ne sont pas enrichissants… Ce n’est pas ça que j’attends en tout cas. Mais c’est vrai que je comprends que des gens ne veuillent pas payer parce qu’ils ne l’utilisent pas. Il faut encore que je décide quoi voter. Mais maintenant, je suis plutôt du côté du non. On verra. » conclut-elle.

Andreas, apprenti mécanicien est clairement opposé à « No Billag ».  « La télévision Suisse est très bonne avec des programmes de qualité et une neutralité qui en fait une bonne source d’informations. Moi je regarde les informations et émissions politiques souvent, en plus des bon choix de films que fait la RTS. Et les médias locaux sont importants pour les cantons et communes. Cependant, mes amis et collègues ne s’intéressent pas à la question, surtout mes camarades de classe. On en discute, mais la plupart ne sont même pas au courant ou ne connaissent que le prix de la redevance. » dit-il. Pour lui, dès qu’ils parlent de ce prix à payer, les avis se braquent et se limitent à cela sans s’intéresser aux arguments des deux parties de l’initiative. « En plus, ils ne savent pas forcément que le prix va baisser ! ».

L’objet de l’initiative en 4 minutes 21 secondes, présenté par Easyvote :

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TheBlue

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