Mise en scène d’un drame universel

Amal Naser a été emprisonnée un mois en Syrie avec douze autres femmes dans une cellule de deux mètres carrés. Elle s’est enfuie de son pays mais n’a pas revu sa fille depuis 2014. À Genève, au lendemain de la Journée internationale pour l’élimination des violences à l’égard des femmes (25 novembre), la militante a livré son histoire dans la pièce de théâtre Cellule numéro 1, conçue par Women In Action International. Cette association dénonce les violences infligées aux femmes réfugiées et migrantes. Elle a pour but de leur donner l’opportunité de créer quelque chose d’artistique afin d’exprimer leurs opinions et surtout de résilier.

Photo : Emma Mileti

Ses yeux rayonnent de force et d’espoir ; la flamme n’a-t-elle jamais été éteinte ? Pourtant, Amal Naser a été confrontée aux cris d’une mère à laquelle on avait arraché le nouveau-né. À ceux des hommes, torturés dans la cellule d’à côté. Dans cette prison, on ne peut pas faire ses besoins sans être limitée dans le temps ou insultée… et quand les prisonnières avaient leurs règles ? Elles devaient se partager la culotte. Difficile d’imaginer le mélange des odeurs : sang, maladie, putréfaction des cadavres… Amal n’attend qu’une seule chose : entendre le geôlier prononcer son nom pour être libérée et revoir sa jeune fille Angela.

L’art libère

Salma Lagrouni est une jeune comédienne et metteure en scène marocaine, présidente de l’association Women In Action International. Elle a constitué une équipe de réfugiées et réfugiés pour démontrer que lorsqu’on leur donne la possibilité de créer en les accueillant, en leur laissant une salle de spectacle par exemple – comme l’a aussi fait le théâtre du Galepon le 16 décembre – ces artistes ont beaucoup à apporter. Sur scène sont utilisés des éléments réellement fabriqués par des femmes en prison, comme une coruscante attache à cheveux en perles. Leur nom ont été cités. On découvre également une vidéo d’Angela Debs, la fille d’Amal qui ambitionne d’être danseuse… l’équipe de Salma joue volontiers dans d’autres villes, n’hésitez pas à la contacter : womeninactioninter@gmail.com.

Derrière les comédiennes, tantôt Amal, tantôt Salma, est projetée la promiscuité de la fameuse cellule : Razan Torbey filme la souffrance rejouée, peine qui a donné lieu à ce spectacle, et selon lui à la confiance, à la joie et à l’amour. La projection de la geôle renvoie à une image réaliste de la prison. Elle est simultanée au jeu et forgée par la conceptrice de la scénographie Ouidad Lagrouni. Ce choix de mise en scène favorise l’identification des spectatrices et spectateurs.

De la musique orientale caresse mes oreilles ; on reconnaît dans la pénombre le magnifique instrument qu’est le luth. Ces phrases entraînantes continuellement reprises ont été composées par Mahdi Altashly, qui nous transmet la réalité par la musique.

La fin – en plus de la chute que nous ne révélerons pas ici – est une mise en abîme de l’entièreté de la pièce : les mots arabes chantés par le musicien résument l’idée globale du texte. En parallèle, un poème en français est projeté. Il a été écrit par le réfugié Hadi Aljundi et synthétise le message de la pièce. En effet, elle a cette richesse d’être bilingue : Salma parle français et Amal arabe.

Le secret de la résilience

En Syrie, bien avant le printemps arabe, Amal est déléguée aux droits des femmes ouvrières. Elle se bat pour que les femmes puissent penser à elles-mêmes – et non seulement à leur famille. Elle les encourage à prendre des décisions dans le but d’être actrices de leur vie. Elle aide celles qui travaillent en campagne et subissent l’inégalité en leur montrant comment protéger leur santé.

En 2011, Amal secoure clandestinement les blessés puisque le gouvernement interdit les regroupements rebelles. En 2014, elle prend la parole dans une conférence avec d’autres Syriennes à Genève. Mais peu après, elle et son mari sont arrêtés par les services secrets. Enfermées et maltraitées,  les victimes – souvent des femmes des dissidents – côtoient tout simplement la mort.

Aujourd’hui, la réfugiée Syrienne vit à Lucerne, sait l’allemand et enseigne l’arabe. Amal Nasr, militante pour une Syrie libre et en paix a su surmonter de nombreuses difficultés.

Il m’était très difficile d’écrire mon histoire car les souvenirs sont puissants ; je devais sans cesse m’arrêter.

On voulait vous transmettre qu’on est des femmes capables d’opter pour la paix dans le monde et que les personnes syriennes exilées rêvent de retourner dans leur pays en paix ! Les souffrances sont beaucoup plus pénibles que ce que transmet le spectacle et la violence faite aux femmes est impossible à retranscrire. Est-ce que l’amour et l’expression l’ont aidée à guérir ses blessures ? Oui, évidemment. Cette pièce m’aide à résilier. Le théâtre est pour moi le meilleur moyen d’exprimer et de partager mon vécu. Coucher sur papier les maux subits et en parler ouvertement à l’aide de Salma Lagrouni et sa troupe – qu’elle considère comme sa nouvelle famille – l’a mise sur le chemin de la victoire et de l’espoir, à l’image de son nom.

Emma Mileti

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *