Leros : une île en quête d’emploi

Le tourisme est l’activité économique de la majorité des îles grecques. La crise a frappé de plein fouet celles où ce secteur n’est que secondaire. C’est le cas de l’île de Leros, dans le Dodécanèse. L’île accueille plusieurs institutions psychiatriques, mais aussi de petites manufactures de matériaux de construction immobilière, de transport, et d’élevages de poissons. Aujourd’hui, l’activité des deux premiers secteurs est réduite de près de moitié, condamnant les transporteurs et travailleurs dans le bâtiment à un inévitable changement. Rencontre avec Pandeli, 38 ans, travailleur insulaire grec.

Photographies: Théophile Bloudanis

 

 Une île aux secteurs variés

Leros se situe au centre de l’archipel du Dodécanèse, à environ 30 kilomètres des côtes turques. L’île abrite 9’000 habitants, répartis sur trois agglomérations : Aghia Marina (chef-lieu), Lakki et Alinda. On devine encore la présence italienne des années 1920-1940 : une grande quantité de bâtiments ont un style italien et les anciennes installations militaires sont visibles sur les collines de l’île.

Relativement modeste pour le tourisme, l’économie de Leros s’est construite autour de la santé, de la pisciculture, la construction immobilière et les petites entreprises de transports. « Dans ma jeunesse, quand j’ai commencé à travailler à 13 ans, c’était une sorte d’âge d’or à Lero
s : si on travaillait dans le bâtiment, on pouvait trouver du travail partout ici. Mais en 2010, la crise a vraiment commencé sur l’île » raconte Pandeli. De père camionneur sur Leros, il quitte rapidement l’école par choix, et commence à travailler comme ouvrier dans le bâtiment, jusqu’à devenir en 2007 petit entrepreneur avec un camion et un excavateur. « J’ai dû les revendre en 2013. Ça n’allait vraiment plus. J’ai bien gagné ma vie pendant 4 ans, mais après, je gagnais à peine à 20 euros par semaine ! ».

Une situation fragile

Pandeli est aujourd’hui enregistré au chômage, il ne touche toutefois aucune indemnité. Il travaille pourtant, irrégulièrement et au noir, sans assurance. « Mon rêve c’était d’acheter, un taxi avec l’argent du camion et des petits boulots. Mais c’est très cher : une patente coûte près de 70’000 euros ! ». En effet, le métier de conducteur de taxi est encore un métier fermé en Grèce. À la place d’un taxi, Pandeli a investi son argent dans un petit pick-up qui lui permet d’effectuer de petits travaux de transport ou d’entretien de bâtiments. Mais les rentrées ne sont pas encore suffisantes pour bien vivre. « Ma belle-mère touche une retraite d’actuellement 900 euros ainsi qu’une rente de veuve. Ces dernières années, on utilisait cette retraite pour subvenir à nos besoins quotidiens. Nous sommes trois dans la maison ». La famille proche reste le soutien le plus solide en ces temps de crise dans le pays, que ce soit à Leros ou les grands centres urbains.

Un avenir toujours incertain

Bien que son activité se soit gravement réduite, Pandeli continue de travailler à la demande, pour des connaissances avec son pick-up, et le plus souvent, au noir. Il tente même de collaborer avec les taxis : les touristes sont souvent intéressés à monter sur les collines pour visiter les anciennes installations italiennes et demandent aux taxis de les y emmener. « Vous voyez, un taxi normal ne peut pas rouler sur les sentiers battus des hauteurs, alors qu’avec mon véhicule c’est possible. Evidemment, je vais le faire seulement avec certains chauffeurs, parce que pour l’instant c’est illégal ».

TheBlue

 

 

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