Roland Rietmann, portrait d’un promoteur de la culture suisse à Barcelone

L’immense complexe vitré, aux couleurs suisses, se dresse fièrement dans l’un des quartiers centraux de Barcelone. Ses façades de verre semblent impénétrables, même si l’agent de sécurité nous en autorise l’entrée après un bref coup de fil. Le Consulat Général de Suisse à Barcelone ne laisse rien au hasard et surtout pas déambuler une jeune intervieweuse dans ses couloirs. C’est donc au sommet du building que nous retrouvons le Consul Général adjoint Roland Rietmann, afin de dresser le portrait d’une profession méconnue du grand public et souvent à l’ombre des manifestations culturelles.

La vie culturelle barcelonaise compte de nombreux artistes suisses dont le travail de visibilité se fait en partie grâce à l’action du Consulat, qui travaille en étroite collaboration avec l’Ambassade et différents partenaires culturels. Les activités diplomatiques de Roland Rietmann sont multiples mais sa fonction principale est de promouvoir la culture suisse, et plus précisément l’image de la Suisse, à Barcelone. Les ressources financières étant limitées, ce dernier conseille et oriente prioritairement les artistes vers des associations plus directement impliquées dans leur visibilité, à l’image de Pro Helvetia. Comme l’explique Roland Rietmann, « Pro Helvetia veut aider les jeunes artistes en Suisse, avant de leur permettre de se faire connaître à l’étranger. Notre travail est de créer des contacts pour Pro Helvetia et d’y diriger les artistes car c’est vers elle qu’ils doivent se tourner en premier. Elle les aide financièrement si elle juge que leur travail est bon ». La force majeure du Consulat est donc de posséder un large carnet d’adresses, indispensable aux acteurs culturels souhaitant vivre de leur art en Espagne.

Précisons que sous l’étiquette de culture se cachent trois domaines de prédilection, particulièrement développés à Barcelone et à Madrid : l’art contemporain, le cinéma et la musique. En effet, les deux partenaires culturels privilégiés du Consulat s’occupent respectivement d’art et de cinéma ; il s’agit de Pro Helvetia et de Swiss Films. Parallèlement, les goûts personnels du Consul Général influent sur l’élaboration des projets et sur la mise en lumière d’un domaine artistique au détriment d’un autre. Pour sa part, Roland Rietmann met un point d’honneur à souligner les atouts économiques et techniques de la Suisse dans une forme d’interdisciplinarité culturelle. Il privilégie ainsi l’architecture, à cheval entre l’art et la science, et la protection de l’environnement – qui se mêle parfaitement à la photographie. Selon lui « la fusion des médiums permet de faire passer un message avec plus de force », notamment au sein de zones géographiques dont l’accès à la culture est plus problématique comme l’Afrique, l’Amérique du Sud et l’Asie.

Autre problématique importante : les artistes gardent-ils une part de la Suisse dans leurs œuvres, une fois installés en Espagne ? En d’autres termes, existe-t-il un art suisse à Barcelone ? Par expérience, Roland Rietmann n’hésite pas à affirmer que « les racines suisses reviennent toujours ». Il procède même à une amusante typologie des expatriés : ceux qui n’ont jamais quitté définitivement la Suisse pour des raisons financières et qui, ne s’étant jamais complètement dépaysés, pratiquent un art résolument « suisse » ; et ceux qui, bien qu’ils se soient immergés dans la culture locale et ont mêlé les techniques, gardent « une relation avec la Suisse qui se voit dans leurs œuvres. Je crois que l’on reste toujours suisse… ».

À la fin de l’interview, il transparaît que la politique menée par Roland Rietmann, dont la partie culturelle ne constitue que le sommet visible de l’iceberg diplomatique, se révèle finalement fortement liée à l’image de la Suisse, « parfois au détriment de l’art » nous avoue-t-il. Mais, c’est sans compter sur l’excellente réputation dont jouissent les artistes suisses qui, à son avis, « sont très bien vus internationalement car ils ont une certaine éducation. Je pense que c’est spécial de dire qu’on est un artiste suisse ; c’est un avantage ». Un petit défaut à la Suisse quand même ? « La liberté artistique y est plus difficile car il y a des bordures partout, notamment financières ». Les finances : l’une des plus grosses pierres d’achoppement de la culture ; pour ne pas dire son talon d’Achille…

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