La Fête du Slip : en quête des sexualités

Malgré un nom qui prête à sourire, la Fête du Slip en a « dans la culotte » ! Le temps d’un week-end, la manifestation a pris d’assaut la Fondation Arsenic à Lausanne et en a fait l’épicentre de son festival des sexualités, disséminé en sept lieux de pèlerinage mélangeant les genres artistiques, de l’exposition à la performance. Ceci dans un esprit de mixité des publics et des arts, qui a attiré plus de 4’000 personnes.

Un festival investi et militant

Derrière un festival qui, en 5 ans, a pris une ampleur non négligeable se cachent deux noms : Stéphane et Viviane Morey. Le frère et la sœur, actifs dans le milieu culturel lausannois, ont de l’ambition : reconsidérer la pornographie comme étant davantage qu’une simple catégorie du cinéma. « Avec l’avènement de la vidéo, et, encore pire, d’internet, on ne regarde plus le porno comme un film », explique Stéphane. « Déjà dans les cabines de cinéma dédiées, on peut avancer, reculer, on est seuls face à la vidéo. Avec internet, c’est devenu extrêmement courant et plus personne ne regarde de porno du début à la fin. C’est pour ces raisons que, pour nous, l’objet « porno » est devenu tout autre chose qu’une partie du cinéma et que nous le traitons autrement. »

C’est ce qu’exprime particulièrement la compétition porno du Slip d’Or où s’affrontent une sélection de courts-métrages internationaux, jugés tant sur leur esthétique que sur leur questionnement identitaire. Ainsi, le court métrage américain Birth de Lilith Luxe & Jesse James a su cette année convaincre le jury, analysant avec une sincérité bouleversante la thématique de la stérilité au travers de la pratique du « fist fucking ». Le prix de la compétition est là encore une volonté des membres du comité : « Une autre réflexion tourne autour de la légitimité du porno et du travail du sexe en général dans la société. On essaie d’en faire un art qui demande une série de compétences bien spécifiques. Le porno alternatif est une catégorie d’objet assez récent, c’est un milieu économiquement pauvre. Pour nous, c’est une manière de protéger et d’encourager les gens à améliorer leurs compétences en les mettant en contact avec les bonnes personnes. C’est pourquoi on a un prix en argent, nous voulons mettre en avant les gens qui ont des compétences et les mettre en contact avec ceux qui en ont moins. » Preuve s’il en est d’une forte volonté de questionner les frontières entre les genres et de décloisonner ce milieu afin qu’il ne forme pas une communauté fermée.

Un festival des sexualités

Amaury Grisel et Franckie Vega
Amaury Grisel et Franckie Vega | Crédit photo: LK

Si la pornographie tient une place particulière, le festival s’intéresse tout autant aux représentations des sexualités dans l’art. Aussi certaines performances questionnent-elles volontairement le rapport à l’intimité et à l’érotisme. C’est notamment le cas à la galerie HumuS, dans le cadre d’une exposition sur le « shibari » (terme générique japonais signifiant « attacher », souvent au moyen de cordes). Les français Amaury Grisel, photographe, et sa compagne Franckie Vega y présentent leur univers commun. Ici, les cordes sont un moyen d’expression. Afin de rendre l’expérience plus concrète, la performeuse proposait également un atelier de « face-bondage », où des volontaires se laissaient attacher le visage. Un geste loin d’être anodin : « Lorsque j’étais maquilleuse plus jeune, je touchais souvent le visage des gens. Je me suis rendue compte que c’était quelque chose de très particulier, très intime, où les gens vous racontent leur vie. Ça les désinhibe. Toucher le visage de quelqu’un est un acte profond ; c’est souvent soit un geste d’extrême violence, soit un geste d’amour ou de tendresse. »

LK


Site de la Fête du Slip : http://www.lafeteduslip.ch

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