Parrainage et hébergement : quel soutien pour les jeunes réfugiés vaudois ?

De plus en plus de mineurs non accompagnés (MNA) profitent du parrainage de familles installées en Suisse. Après plusieurs mois de parrainages, certains jeunes font désormais véritablement partie de la famille. Et même si le travail des associations rend plus facile le soutien de ces jeunes, l’hébergement des MNA par les familles marraines est encore très rare.

Mineurs non accompagnés, ou MNA. Sous ce terme se cachent en fait plus de 2500 jeunes partis sans leur famille pour trouver refuge en Suisse.

 

« Au foyer on s’ennuie beaucoup »

Ils sont majoritairement afghans, somaliens ou erythréens et vivent dans des foyers. Leur situation peut cependant varier selon les cantons. Le projet « 1 set de + à table » de la Fondation Suisse du Service Social International (SSI) agit directement dans plusieurs cantons. Dans le canton de Vaud, le SSI soutient l’Action Parrainage qui se charge de l’organisation des parrainages. Pour Antoinette Steiner, pasteure en charge de la question des MNA au sein d’Action Parrainage, ce partage des tâches est une réussite. « Le SSI peut s’appuyer sur une association qui est déjà au cœur du terrain et nous pouvons profiter du soutien du SSI, notamment en matière de formation ». L’encadrement des MNA dépend également du canton : « Dans le canton de Vaud, il existe une école de transition pour les mineurs de plus de 16 ans. Malheureusement, les MNA profitent d’un cadre moindre que celui des foyers pour mineurs non MNA. Le nombre d’éducateurs par jeunes résidents est très limité, mais c’est aussi le cas dans d’autres cantons. », déplore Mme Steiner. Un avis que partage Céline Ehrwein, députée Verte au Grand Conseil vaudois : « Les foyers assurent un toit et les besoins vitaux aux jeunes migrants, mais ils ne sont pas pour autant des maisons ordinaires : on y entre avec des badges et des agents de sécurité gardent la porte. Le manque d’éducateur est tel qu’aucun adulte n’est présent le week-end, hormis les agents ».
La vie au foyer, Shahmohamad Mohamadi la connaît bien. Cela fait un an et demi que ce jeune Afghan de 16 ans y vit. « Au foyer on s’ennuie beaucoup. On ne fait pas d’activités et sans famille, il est difficile de trouver quelqu’un à qui parler. Alors quand j’ai appris qu’il existait des parrainages, j’ai voulu m’inscrire ». Shahm, comme il se fait appeler ici, a été le premier à tenter l’expérience dans son foyer. « Les autres jeunes m’ont demandé des conseils et depuis, une dizaine d’entre eux ont trouvé une famille de parrainage ». Pour les Eigenheer, la famille chez qui Shahm passe quelques journées dans la semaine, l’idée du parrainage n’est pas venue par hasard : « Voir ces bateaux couler au large de la mer méditerranéenne m’insupportait, se rappelle Karin, la maman de la famille. En lisant un article j’ai su que l’on pouvait parrainer un de ces jeunes et après en avoir discuté avec le reste de la famille on s’est inscrit ». C’est à ce moment que l’Action Parrainage rencontre la famille. « Ils s’assurent de nos motivations et vérifient si tout est réuni pour que le parrainage soit un succès. Après ces premières rencontres, on a su qu’un jeune motivé était partant. C’est là qu’on a rencontré Shahm ».

Un passage à l’âge adulte difficile
Le rôle du parrain ne s’arrête pas avec les passage du jeune à la majorité. Au contraire, il devient fondamental. Selon Antoinette Steiner, « ce soutien est important quand l’enfant parrainé arrive à ses 18 ans et qu’il lui faut un appui pour trouver une chambre ou un stage. Ce n’est déjà pas facile pour un jeune d’ici, alors quand on est migrant… ». Les MNA se retrouvent contraints de quitter leur foyer. Une situation qui ne satisfait pas Céline Ehrwein : « Mis à part quelques appartements de transition où le contact avec un éducateur existe toujours, la plupart des jeunes migrants perdent pratiquement tous les soutiens dont ils bénéficiaient et doivent se débrouiller comme des adultes. Mais à 18 ans, sans maîtriser complétement la langue et loin de sa famille, on n’est pas indépendant ». La solution est peut-être à trouver dans un autre canton. « Au Valais, il existe un foyer de transition où les jeunes adultes sont suivis jusqu’à 25 ans. Ce serait l’idéal », affirme la députée vaudoise.

L’hébergement : pas pour tout de suite
Ce problème, Shahm ne devra pas y faire face. La famille Eigenheer et le jeune afghan ont demandé à pouvoir vivre définitivement sous le même toit. Et ce n’est pas la première demande de Karin : « Nous avions déjà demandé à accueillir Shahm pendant les week-ends et les vacances ». Aucune des demandes n’a eu de réponse, mais la marraine de Shahm ne s’inquiète pas : « Quoiqu’il arrive, Shahm pourra venir habiter chez nous à ses 18 ans, lorsqu’il ne sera plus logé dans son foyer ». Ce temps d’attente est toutefois nécessaire selon Céline Ehrwein : « Même si les démarches sont longues, il est nécessaire de s’assurer de l’envie réelle des deux parties. C’est un engagement conséquent et des garde-fous sont indispensables ». Des obligations que la famille Eigenheer comprend : « La tutrice de Shahm est responsable de 70 autres enfants. Cela représente un travail colossal ».
Seul un cas d’hébergement par une famille de parrain existe dans le canton de Vaud. « Mais c’est un cas très particulier, avec un mineur ayant rencontré de gros problèmes », nuance l’élue verte.
Au contraire, l’intégration de Shahm se passe très bien : « Quand je vais chez Karin, je retrouve un contexte familial. En plus, nos familles se ressemblent beaucoup ! Ils se comportent comme si j’étais un des leurs et ça me permet de combler une partie du vide laissé par mon départ d’Afghanistan », explique le jeune dans un français encore un peu hésitant. Un départ forcé par la guerre et le danger qu’elle engendre : « Il m’est arrivé de n’avoir plus de nouvelles de ma famille pendant un mois et demi. C’est très inquiétant, mais ces silences sont obligatoires pour ma famille lorsque les talibans contrôlent la région ».
Des situations qui ajoutent au courage du jeune : « Il faut de la volonté pour s’intégrer dans une famille qui n’a pas la même culture et qui ne parle pas la même langue, assure Karin. Il ne comprenait sûrement pas grand-chose lors de nos premiers repas, mais il ne s’est jamais découragé et on a même pu lui apprendre à skier ! »

Mieux encore la présence de Shahm a rapproché la famille Eigenheer : « Lorsque Shahm n’est pas là, chacun s’occupe de son côté, explique Karin. Mais quand il vient à la maison, toute la famille se retrouve ensemble ». Car s’il est vrai que les MNA profitent de ce rapport, les familles ont elles aussi tout à y gagner.

MaG

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