L’utopie au quotidien : les objets soviétiques exposés au musée des beaux-arts de La Chaux-de-Fonds

L’année 2017 marque le centenaire de la Révolution russe. À cette occasion, le Musée des Beaux-Arts de La Chaux-de-Fonds a dédié trois expositions autour de l’URSS, sur la vie au quotidien de cette « civilisation » qui a marqué le monde sur près d’un siècle. Objets divers, photographies et mode sont au menu de ces trois expositions. Entretien avec Lada Umstätter, directrice du Musée et commissaire des expositions.

Photos: Théophile Bloudanis

Commémorer le centenaire des Révolutions russes.

 

Trois dates historiques sont à retenir autour des expositions : les 25 ans de la chute de l’URSS en 1991, ainsi que les deux révolutions russes de février et octobre 1917. « Ces dates marquent le début d’une grande aventure humaine, historique et sociale d’une civilisation et d’un système très particuliers », confie Lada Umstätter. La volonté du Musée a été de construire une exposition originale au sujet de ces événements, d’autant plus que peu de manifestations sont organisées en Suisse, contrairement à la France, par exemple. La directrice a décidé d’évoquer cette frange de l’Histoire à travers le quotidien au sein de l’Union Soviétique. Et la Chaux-de-Fonds est peut-être le lieu idéal pour se pencher sur cette question. La Ville accueille en effet l’une des plus anciennes écoles d’Arts appliqués de Suisse, école qui s’intéresse particulièrement au design industriel et la mode. Quel meilleur moyen de travailler sur le quotidien d’une société (de 1953 à 1991) que celui de s’intéresser aux objets de tous les jours ? « La période que l’on a choisie est intéressante car c’est à ce moment qu’« apparaît » l’« homo sovieticus » et les nouveaux objets, propres au design industriel, de la vie de cet Homme qui a pleinement vécu le système soviétique » confie la directrice.

 

Objets au service de la propagande.

 

Au sein de l’exposition se trouvent une multitude d’objets du quotidien en URSS : des magazines, jouets, télévisions, roubles, mobilier, etc. La particularité de ces derniers se trouve dans le fait qu’ils étaient conçus pour durer. Par exemple, une lampe conçue dans les années 1930, en deux couleurs et utilisée jusque dans les années 1960 ! « C’est une chose inimaginable pour l’Occident. Le design de ces objets devait absolument répondre à cette idée de durée ». On remarque aussi, une série d’affiches « publicitaires » qui montrent une certaine abondance de produits de consommation « rares », tels que le caviar, le café ou le thé. Dans un système où la pénurie de ces derniers est monnaie courante, pourquoi ces affiches ? Elles remplissaient une fonction de propagande : ils montraient une utopie. Cette propagande ne présentait pas la vie comme elle était, mais bien comme elle devait être. Elle était tellement présente, qu’elle a créé une sorte de routine au sein de la population, au point de ne plus rendre impressionnant les événement orchestrés par le régime. « Notre choix s’est basé sur l’idée que ce sont des objets quotidiens pour tout le monde, c’est à dire de Moscou à Vladivostok. D’une part, ce sont des objets que la plupart des gens possédaient, et d’autre part des objets qui ont été moins produits et que les gens rêvaient d’avoir, comme la télévision présente dans l’expo » analyse Lada Umstätter.

Affiches, objets et même photographies remplissaient cette fonction d’utopie. Ainsi, les photographies de Vladimir Sokolaev, exposées à l’étage du Musée, constituent un témoignage inestimable et rare de la vie quotidienne en Union Soviétique. Le photographe n’a effectué aucune retouche ni mise en scène, ces dernières étant largement utilisés par d’autres photographes au service du régime.

 

Eviter la nostalgie

 

« J’ai vécu de plein fouet cette histoire. Je suis née à Moscou, j’ai reçu l’éducation soviétique et j’ai étudié à l’université, où j’ai fait ma première thèse. Je suis arrivée en Suisse alors que j’avais atteint depuis un moment l’âge adulte. C’est pour cela notamment que j’ai souhaité organiser ces expositions en évitant au maximum la nostalgie que beaucoup de gens sentent par rapport au système communiste » confie la directrice du Musée. Encore aujourd’hui, on regrette en Russie l’URSS et on embellit passablement l’image du régime. On remarque alors que le travail de la propagande reste présent dans les mentalités. Mais aujourd’hui n’assistons-nous pas à une sorte de retour en arrière au vu des contraintes écologiques ? Non pas qu’il s’agisse de nostalgie, mais plutôt de nécessité : on cherche à créer des objets durables, comme les sacs à commissions ou les bouteilles, des objets présents dans l’exposition et donc quotidiennement utilisés en URSS. « En effet, les designers actuels s’intéressent beaucoup aux objets des pays de l’est et de l’ex-Union Soviétique. Vu les contraintes auxquelles ils font face, ils s’inspirent de cette utilisation sur la durée ».

Trois expositions très intéressantes qui plongent le visiteur dans la vie des citoyens ordinaires de l’Union des Républiques Socialistes Soviétiques, et questionnent sur un passé encore proche, voire sur notre présent.

 

À voir jusqu’au 30 avril 2017.
TheBlue

 

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