« Il a déjà tes yeux », une comédie d’amour sans stigmates

 

Acteur, réalisateur et scénariste, Lucien Jean-Baptiste endosse dans son quatrième film le rôle de Paul, marié à Sali (Aïssa Maïga) dans une comédie sociale qui prend à revers une thématique sensible : l’adoption.

 

« Il a déjà tes yeux » est un appel à la tolérance et une interpellation des acquis normateurs. Sans grand tapage médiatique ni publicité offensive, le quatrième long-métrage de Lucien Jean-Baptiste est discrètement en train de séduire le grand public.
Paul et Sali vivent une belle histoire d’amour et viennent d’ouvrir une fleuristerie à Paris. Il ne manque à leur bonheur complet qu’une seule chose, et pas des moindres, un enfant ! C’est alors que Benjamin, petit bonhomme de six mois au sourire ravageur, arrive dans leur vie. L’Aide Sociale à l’Enfance (l’ASE) a accepté leur dossier et leur présente donc le bambin. Quelques minutes de suspens avant que l’anomalie n’éclate au grand jour : Benjamin est blanc, qui plus est blond aux yeux bleus, et les deux parents sont noirs. Les deux tableaux au dessus de la tête des parents dans la salle d’attente de l’ASE rappellent que ce n’est pas la norme socialement acceptée, on y voit des familles adoptives blanches avec des enfants d’origine différente. Mais Paul et Sali tombent amoureux du petit garçon et décident d’accepter la proposition. Les voilà partis pour une vie à trois… « La famille Benetton » suscite déjà quelques rires dans la salle.


Difficultés et déceptions

Pourtant les évènements prendront une tournure plus compliquée : Zabou Breitman, dans le rôle presque machiavélique de l’assistante sociale névrosée, apparaît dans des mises en scène parodiques de films d’horreurs et mène la vie dure à la petite famille. Elle est, comme beaucoup, sceptique face à ce qu’elle appelle une « expérimentation qui va mal tourner » et ne peut envisager le changement : elle reste fermement campée sur ses positions rétrogrades. Visites imprévues et interrogatoires en chaîne, elle est la fidèle représentante des complications administratives liées à l’adoption.

Mais Claire Mallet, l’assistante psychorigide, n’est pas le seul frein à cette reconstitution colorée. Mamita (Marie-Philomène Nga), la mère de Sali, interprète magistralement le rôle d’une femme qui ne comprend pas la décision de sa fille. Tout comme son père (Bass Dhem), taiseux et très attaché aux traditions de leur pays d’origine, le Sénégal. Les tensions sont palpables, mais toujours racontées avec un second degré délicieux. Comme cette réplique culte de Mamita « J’aurais du faire une blanquette » en sortant rageusement du salon.
Au parc, dans la rue ou avec des copines, Sali est sans cesse confondue avec la nounou du petit Benjamin. Elle supporte mal cette stigmatisation, mais se bat par amour et par conviction.

Et puis il y a Manu, interprété par Vincent Elbaz dans un rôle qu’on ne lui connaît pas. Et c’est une révélation : une véritable fibre comique habite le comédien. Il est à la fois sincèrement pénible et attendrissant. De maladresse en maladresse, souvent en slip et les lunettes fuyantes, dents jaunies et haleine envinée, Manu essaye d’aider le jeune couple et se place comme l’ami indispensable et attachant. Comme dans cette scène où il se fait passer pour un employé portugais de Paul, accent compris, alors que l’assistante sociale est en visite surprise.

 

Un appel à la tolérance

Aucun manichéisme dans le traitement du sujet par Lucien Jean-Baptiste. Comme il en témoigne lui-même, « Ce film c’est avant tout une histoire d’amour. Paul aime Sali. Sali aime Paul. Et ils aiment tous les deux Benjamin ». Fin heureuse toute attendue, un peu sur-jouée et inutilement mouvementée, mais qui se situe dans la tonalité d’un cinéma tendre, sans vulgarité ni moralisation futile.
C’est ainsi que Benjamin rejoint définitivement la famille Aloca, que la méchante se joint finalement à leur cause et que les parents de Sali donnent aussi leur bénédiction.
Le spectateur peut également en tirer quelque chose, avec un peu de recul, les zygomatiques bien sollicitées, une réflexion plus profonde sur le vivre-ensemble et l’évolution des mentalités. Alors que les tensions sociales sont omniprésentes en France, la comédie du réalisateur martiniquais redonne le sourire, ainsi qu’une touche de positivité non-négligeable.

Sorti le 19 janvier 2017, « Il a déjà tes yeux » est actuellement à découvrir sur grand-écran.

 
NoAn.

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