Trois musiciens, une passion

Débuter dans la musique est le rêve de nombreux ados. Mais qu’ils choisissent un genre d’autodidactes comme le rap ou des formations prédéfinies comme la musique classique, tous doivent affronter des obstacles. Rencontre avec trois jeunes artistes.

« T’écris des textes dans ta chambre, puis le rythme vient et au final tu veux faire vivre ta musique, lui donner une réalité ». Que l’on s’adonne au rap comme Dyno ou au piano comme Simon Rossier, le constat est le même : c’est en pratiquant la musique que l’on devient musicien. « Tu joues un morceau, tu le maîtrise de mieux en mieux, puis tu essaies une nouvelle partition plus difficile. C’est ça qui donne envie de jouer ».

Pas facile pourtant de débuter sa carrière musicale, peu importe le genre.

 

Des débuts radicalement différents

 

Simon Rossier, 21 ans,  est pianiste depuis l’âge de 7 ans. Il joue également de l’orgue et étudie la musicologie à Fribourg. « Les jeunes qui aspirent à devenir professionnels dans la musique classique sont tributaires de leurs parents. Ce sont eux qui font découvrir la musique classique à ces futurs artistes et les incitent à jouer. Ce sont eux aussi qui paient les premiers instruments, les premiers cours et les différentes écoles », raconte le pianiste. Les Hautes études sont d’ailleurs un passage obligé pour les futurs musiciens. « Le conservatoire permet de plonger directement dans le milieu de la musique classique », explique Simon. « Il prouve le bon niveau d’un artiste et lui assure une plus grande considération qui sera décisive pour obtenir une des rares places de stage chez un maître musicien. La concurrence étant très élevée, il faut se distinguer des autres élèves ».

Joao Freitas, alias Dyno, et Jess Oulevay sont actifs dans le rap romand, notamment dans le collectif Genevois 274. Pour les deux jeunes à la vingtaine, la route n’a pas été aussi claire : « En Suisse, la scène rap reste très restreinte. Les seules salles où se produisent des rappeurs sont petites, et on finit par toujours voir les mêmes têtes. Pour véritablement percer dans ce monde, migrer vers la France est inévitable », commente Joao. Restent alors les collectifs regroupant plusieurs rappeurs, étape inévitable dans une carrière : « Ça se fait naturellement, assure Dyno, quand on se rend compte que les autres artistes ont la même passion, la même envie ». Et Jess d’ajouter : « Ça permet de partager nos créations, d’avoir des retours. On est comme une grande famille. Sans ça, on ne pourrait pas exister en Suisse ».

 

Les études : importantes ?  

 

Loin des clichés habituels, les rappeurs s’intéressent aussi aux études, mais avec une approche différente des standards du conservatoire. Selon Jess, « dans le rap moderne la maîtrise des composants informatiques est devenue essentielle. Apprendre à gérer un logiciel de musique ou monter un clip vidéo dans son cursus peut aider les rappeurs à gravir les échelons ». Pour Simon Rossier, le conservatoire a toujours un rôle primordial à jouer dans une carrière d’instrument classique, mais non sans limites : « Les écoles de musiques sont fondamentales, parce qu’elles donnent une base traditionnelle. Mais il est parfois difficile de s’en distancier et de créer quelque chose de vraiment neuf. Ce travail d’innovation permet de différencier un grand technicien d’un véritable artiste ». Cette créativité n’est pas la seule qualité nécessaire à un jeune musicien : « Les études ne font pas tout. Là où le plus de jeunes se perdent c’est dans la persévérance. Se dédier entièrement à la musique est éprouvant et à cet âge il est facile de s’intéresser à autre chose. Il faut aussi avoir un certain talent, des prédispositions ». Un constat que reprend Jess, en parlant de son ami : « Les bons artistes ont ce petit truc en plus, et je le ressens chez Dyno ».

Quant à connaître les motivations profondes de ceux qui se lancent dans une carrière musicale, les trois musiciens s’accordent sur les propos de Dyno : « La célébrité peut ouvrir des portes et permettre de créer de nouveaux projets, mais ce n’est pas une fin en soi. L’argent ? Qu’il s’agisse de tourner un clip ou encore d’enregistrer dans un bon studio, on doit tout payer nous-même. Donc notre passion nous coûte plus que ce qu’elle nous rapporte. Mais ce n’est pas grave parce que monter sur scène et voir un public te suivre dans ton délire, ça n’a pas de prix ».

 

MaG

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