«Moi, Daniel Blake», un appel à la dignité humaine

Dans ce film engagé, le réalisateur Ken Loach dénonce la cruauté du système social britannique. «Moi, Daniel Blake» lui a valu la Palme d’or au dernier festival de Cannes.

Photo: Web

Daniel Blake était loin d’imaginer les conséquences de sa crise cardiaque. A 59 ans, ce menuisier anglais fait appel à l’aide sociale pour la première fois de sa vie. Seulement voilà, on lui refuse une pension d’invalidité. Commence alors un combat absurde qui vire à la tragédie. Dan est contraint de s’inscrire au chômage, puis de se mettre en quête de «boulots inexistants» pour toucher ses allocations.

Loin du mélodrame, le réalisateur Ken Loach mène ses personnages dans un dangereux labyrinthe bureaucratique. Les attentes interminables au téléphone, la surdité des travailleurs sociaux, les sanctions injustes… Loach décrit un système qui décourage volontairement les plus précaires de faire appel aux aides sociales.

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Laissés-pour-compte

Sur sa route, le héros ordinaire de Loach rencontre Katie, une mère célibataire. Arrivée au job center de Newcastle, la jeune femme se fait sanctionner à cause d’un léger retard. Dan, scandalisé par la scène, prend sa défense. De cette rencontre inattendue naît une histoire d’amitié et d’entraide. Dan devient comme un grand-père pour les deux enfants de Katie. Ensemble, les quatre laissés-pour-compte du système partagent des repas, des sourires, des cadeaux.

On m’a parlé d’une femme qui n’avait rien mangé depuis trois jours.

Ces instants furtifs de bonheur contrastent avec des scènes dérangeantes. Dans l’une d’entre elles, Katie se jette sur une boîte de conserve à la banque alimentaire pour en avaler le contenu. Ce passage d’un réalisme frappant est tiré d’une vraie anecdote, raconte le scénariste Paul Laverty : «A la banque alimentaire de Glasgow, on m’a parlé d’une femme qui n’avait rien mangé depuis trois jours. Elle cherchait un ouvre-boîte pour pouvoir manger. C’était humiliant, d’autant que sa fille l’accompagnait.»

Le jeu des acteurs principaux vient encore renforcer cette impression de réalité. Ici, pas de grandes vedettes. Dans la peau de Daniel Blake, on retrouve l’humoriste Dave Johns, lui-même issu d’une famille ouvrière. Quant à Katie Morgan, elle est magistralement incarnée par Hayley Squires, une actrice inconnue du grand public.

Une vision manichéenne

Malgré cet aspect quasi-documentaire, le film vire par moments à la propagande anti-libérale. Ken Loach se sert de sa réalisation comme d’un étendard politique. Et le propos y perd de la nuance. Ainsi, les fonctionnaires de l’agence pour l’emploi jouent le rôle de robots insensibles, alors que les citoyens précaires sont systématiquement des victimes. Des victimes qui s’entraident, forcément. C’est le cas de Dan et de son voisin, un jeune homme noir débrouillard. Entre eux s’installe une relation pleine de bons sentiments, qui semble pourtant fabriquée.

Cela dit, le film présente une histoire humaine qui reflète une certaine réalité. Ken Loach donne une voix à une partie de la population qui souffre en silence. «Moi, Daniel Blake» mérite d’être vu car il surprend par ses rebondissements et ses personnages principaux à la fois complexes et attachants.

D.E.

Note L’article.ch ♥♥♥♥♥ 4/5
Durée 100 minutes Pays Royaume-Uni
Réalisateur Ken Loach  Acteurs Dave Johns, Hayley Squires
Date de sortie (Suisse romande) 26 octobre 2016

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