Des musiques aux notes chocolatées

Les sons ont-ils un impact sur notre appréciation d’un chocolat? C’est ce qu’ont pu découvrir les participants de l’un des nombreux ateliers du festival Chocolatissimo, à Neuchâtel. Le patrimoine régional y était à l’honneur du 5 au 12 novembre, avec de nombreux artisans présents.

Photo: OdoratNews

Vous en rêviez sans doute : il est possible de contribuer à l’avancée scientifique en se délectant de chocolat! Les gourmands visiteurs de cette troisième édition de Chocolatissimo ont pu participer à l’atelier intitulé « Mes oreilles influencent-elles mon goût? », afin de percer un des nombreux mystères de leurs perceptions sensorielles. L’expérience consistait à manger trois morceaux de chocolat, deux identiques au lait et un à l’orange, en écoutant dans un premier temps la musique de Noël « White Christmas » de Frank Sinatra. La procédure était renouvelée avec une chanson de hard-rock bien plus rythmée, « Ace of Spades » du groupe Motörhead. La dégustation s’effectuait sans avoir la moindre indication sur le produit, afin de préserver le jugement objectif des goûteurs. Par le biais d’un questionnaire écrit, les sujets ont ensuite dû évaluer le plaisir qu’ils ont eu à savourer chacune des six confections, réalisées par la chocolaterie Schmidt.

« Pour cette édition, 38 personnes âgées de 5 à 74 ans ont vécu l’expérience. Les participants ont majoritairement apprécié les chocolats aromatisés à l’orange en écoutant de la musique de Noël », indique Caroline Reverdy, aromaticienne et doctorante en évaluation sensorielle, conceptrice de cette étude avec sa fondation OdoratNews. Question d’habitude, sans doute, puisque l’orange est un fruit typiquement associé à la période hivernale. « Cependant, certains ont préféré les chocolats nature quelle que soit la musique, alors que d’autres aiment tous les chocolats dès lors que la musique leur plaît. », nuance-t-elle. Si la tendance confirme son hypothèse de départ, quelques réponses surprenantes sortent du lot. « La pratique permet toujours de découvrir un point de vue auquel on ne s’attendait pas initialement », confirme la chercheuse. « Par exemple, certaines personnes âgées ont préféré le chocolat à l’orange avec le hard-rock! » Gare aux préjugés.

L’expérience ayant déjà été effectuée dans des conditions identiques en 2015, cela fournit un élément de comparaison. L’an dernier, 65 curieux y avaient participé. Cette volée avait également manifesté sa préférence, à 43%, pour le chocolat aromatisé à l’orange lorsqu’une mélodie de Noël l’accompagne. 18% privilégiaient eux le punch du hard-rock, alors que 39% restaient insensibles à la musique. L’âge semble être un facteur prépondérant, car 77% des adultes en-dessus de 25 ans avouaient prendre plus de plaisir à consommer la douceur orangée sous les notes de « White Christmas ». Ce choix marqué s’estompait parmi leurs cadets. Une tendance qui s’observe à nouveau cette année, même si aucun chiffre n’est articulé. « On peut suggérer que les jeunes ont vécu moins de Noël, donc moins d’opportunités d’associer le goût d’orange avec l’ambiance des fêtes », envisage l’organisatrice.

« Les sons qu’on entend créent une certaine ambiance et donc une humeur particulière, propice ou non pour qu’on se régale de chocolat », salive Perrine, qui a pris part à l’atelier. Si la musique influence le goût, reste à savoir si elle peut également avoir un impact sur d’autres facteurs, tels que la vitesse à laquelle les chocolats sont mangés. En l’occurrence, un fond sonore dynamique comme le hard-rock empêcherait-il de prendre le temps pour les savourer? « C’est une excellente question! Pour une prochaine édition, on pourrait imaginer de chronométrer le temps de dégustation, plutôt que de demander l’appréciation », entrevoit Caroline Reverdy. Rendez-vous Noël prochain pour, peut-être, obtenir la réponse.

Fabien Wildi

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