La mode : particulière ou universelle ?

Depuis 1982, le Musée Suisse de la mode (MuMode) fait partie de la vie culturelle d’Yverdon-les-Bains. Avec ses 9’000 pièces, il est le seul établissement entièrement consacré à la mode du pays. Pour la directrice du musée Anna-Lina Corda, l’enjeu principal est d’intéresser un public le plus large possible. Comment ? Rencontres. Photo: Emma Rebeaud

 

Avantages et travers

« Notre musée est un cas particulier. Nous n’avons pour l’instant pas de locaux à nous et utilisons principalement le troisième étage du château d’Yverdon. De plus, il n’y a pas d’exposition permanente pour des raisons évidentes de conservation. Ce dernier point peut frustrer certains visiteurs qui tombent sur une période creuse », explique la directrice Anna-Lina Corda. Le MuMode présente également des avantages, notamment pour les férus de mode et les étudiants. « Notre structure permet une proximité avec le vêtement car les pièces ne sont pas présentées en vitrine. Les étudiants en art y puisent de l’inspiration pour leurs propres créations », continue Anna-Lina Corda. L’exposition en elle-même a permis à des étudiants de l’École d’art de la Chaux-de-Fonds et de la HEAD (Haute école d’art et de design) d’exposer leurs réalisations dans la tour du château. Les pièces, plus excentriques les unes que les autres, permettent aux visiteurs de comprendre le travail fourni lors de la naissance d’un vêtement.

 Un musée insignifiant ?

La mode est victime de nombreux aprioris, explique la directrice. Elle est souvent vue comme futile. Le MuMode veut casser ce préjugé qu’il juge dépassé : « La mode touche à tout, en passant par l’histoire, la technique ou encore la sociologie et surtout concerne toutes les couches de la société. Tout le monde s’habille ! Certains visiteurs réticents au départ trouvent un sens à la mode à travers le musée, ils comprennent des choses. Les hommes s’intéresseront plus au côté technique, les personnes âgées aux souvenirs que rappellent les modèles et les jeunes à l’inspiration que leur apportent les styles d’antan ».

Un comité scientifique a été mis sur pied récemment pour donner une nouvelle dynamique aux projets du MuMode. L’exposition actuelle est plus contemporaine et tente de séduire un public d’hommes. Esprit Dandy fait partie d’une rétrospective consacrée à la silhouette masculine du Moyen-Âge à nos jours. Douze musées de Suisse romande se consacrent à mettre sur le devant de la scène cet aspect de la mode souvent relégué au second plan. « Nos projets d’avenir sont grands. La ville travaille sur un bâtiment multifonctionnel où nous aurons une place. Le musée sera beaucoup plus jeune et plus dynamique avec un centre d’études, des collaborations avec des jeunes stylistes et des événements. Nous comptons sur ces changements pour élargir notre public », espère la responsable.

 Une stratégie et des brèches

Tony, 18 ans, n’aime pas la mode. Il la trouve superficielle et sans réel intérêt. « Pour moi la mode n’est qu’un mouvement, quelque chose que tout le monde suit » expose-t-il. « L’important c’est le confort, même si j’aime parfois me faire plaisir un achetant un beau vêtement. Le côté historique de la mode pourrait me faire apprécier le musée », affirme-t-il alors qu’il est sur le point de le visiter. C’est bien plus l’évolution de l’habillement et les vieux vêtements qui l’attirent que l’esthétisme.

Après la visite de l’exposition Esprit Dandy, qu’il visite un dimanche avec des amis, le jeune homme n’est pas convaincu : « Je suis déçu, je m’attendais à quelque chose de plus historique, avec un vrai découpage du temps. L’angle de l’exposition est trop tourné vers l’esthétisme et le style, ce qui confirme mon apriori sur la mode : c’est trop superficiel pour moi ». Un parti pris, réplique Anna-Lina Corda, le but étant justement de dévoiler un autre aspect de l’histoire de la mode. Lors de la visite, elle présente les différents espaces : une zone consacrée au dandy anglais, une autre au dandy flamboyant ou encore une au côté féminin de ce personnage marginal. « L’accent est mis sur les détails et le savoir-faire pour cette exposition. Le côté chronologique ne nous intéressait pas », raconte la responsable.

Aujourd’hui, l’espoir du musée repose sur l’avenir. La perspective d’un nouveau lieu est « très important » aux yeux de la directrice. C’est peut-être grâce à ces nouvelles infrastructures que l’établissement réussira à convaincre les plus sceptiques, comme Tony.

Emma Rebeaud

 

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