Amérique, amérique…

Les Etats-Unis ont élu leur 45ème président le 8 novembre dernier. Contre toute prévision des sondages, c’est Donald Trump qui a accédé au pouvoir, après une campagne qualifiée de sans précédente par les médias. Le candidat républicain et la candidate démocrate Hillary Clinton se sont livrés une bataille s’orientant beaucoup plus sur la vie personnelle que sur des questions d’ordre politique. Retour sur cette campagne avec Timothy, étudiant à l’EPFL et d’origine américaine (voir l’article du 1er mai 2016) et Jerry, un Américain vivant depuis 16 ans en Suisse et travaillant dans l’immobilier dans le canton de Neuchâtel.

 

Une campagne à scandales ou un « TV show ».

Les scandales se sont succédés dans les deux camps lors de cette campagne hors-norme. A tel point que les gens s’y sont tout simplement habitués. Une campagne qui n’avait rien de rationnel, selon Timothy qui regrette que les grands médias télévisés américains n’aient pas fait de réelles investigations. Seul la presse écrite s’est intéressée de près aux candidats et leur programme respectifs. « Les médias télévisés n’ont fait que montrer un « show » pour avoir de l’audience et pas vraiment informer le public des vraies questions politiques. De ce fait, on ne sait toujours pas comment Donald Trump va agir maintenant qu’il est président ». Jerry partage le même point de vue, qualifiant le contexte politique d’  « horrible ». Pas de doute pour lui, c’est la peur de l’autre  qui a dirigé la campagne du Républicain et qui l’a élu président. « Trump ou Clinton, pour moi c’est la même personne qui porte deux paires de chaussures » confie-t-il.

 

Deux candidats « particuliers ».

Pour Timothy, Hillary Clinton avait l’avantage d’être préparée pour la présidence. Son expérience de Secrétaire d’Etat et son sérieux auraient fait d’elle une bonne présidente. Mais il lui reproche son manque de proximité avec ses électeurs. Elle n’a pas essayé de convaincre certains d’entre eux, notamment ceux des états du Midwest, qu’elle a considérés comme « déplorables ». Quant à Donald Trump, il n’est rien d’autre qu’un démagogue et un « con-man » (escroc), qui n’est pas qualifié pour la présidence. « Il a joué un jeu qui l’a porté au pouvoir. Il est imprévisible et on ne peut pas avoir une personne imprévisible au pouvoir ». Son propre parti s’est aussi livré à un jeu d’opportunisme : au début de la candidature du milliardaire, beaucoup d’élus républicains étaient contre lui et n’acceptaient pas ses propos. Maintenant, Trump forme son gouvernement avec des personnes qui étaient totalement contre lui.

Jerry par contre ne voit rien de positif chez les deux candidats. Pour lui, ces scandales à répétition ne sont en soi qu’un écran pour cacher une vérité, qu’elle soit politique ou économique. Hillary Clinton a peut-être de l’expérience mais elle représente pour les Américains un système corrompu et malhonnête dans lequel ils ne se retrouvent pas ou plus. Donald Trump est aussi quelqu’un qui ne représente pas le peuple américain et ce qu’il pense vraiment. « Il a utilisé la frustration des gens pour y ajouter la peur, en leur donnant des boucs-émissaires. C’est ce qu’il l’a probablement amené au pouvoir » analyse-t-il.

 

Un avenir encore flou.

Que faut-il attendre de la présidence de Donald Trump, dès le 20 janvier 2017 ? Le Républicain ne se révélera pas forcément conservateur selon Timothy, notamment concernant les questions sociales. Durant sa campagne, il n’a que relativement peu remis en cause l’Obamacare et ne compte pas, pour l’instant en tout cas, la supprimer. Il a tout de même nommé Tom Price ministre de la Santé, farouche opposant de la réforme de Barack Obama. « Le vrai problème c’est qu’il est totalement imprévisible. Il a toujours provoqué le président Obama pendant sa campagne et après leur rencontre, il devient son plus grand admirateur. ». Ce que l’étudiant craint le plus, c’est qu’il n’y ait plus de compromis entre partis sur les questions politiques, maintenant que le parti républicain contrôle le Congrès et la présidence. «  La démocratie en soi, ne fonctionne-t-elle pas sur des compromis ? ». Optimiste en mai, Timothy ne l’est plus vraiment aujourd’hui. « Il n’y avait pas eu de Brexit, d’élections ou de montée significative des extrêmes en Europe. On avait toutes les raisons d’espérer mieux. Pour l’instant, je n’ai d’autre choix que de lui donner une chance. Dans le meilleur des cas, il se calmera et ne fera rien de nuisible pour les Etats-Unis et le monde ». Jerry est quant à lui finalement plutôt content de la victoire de Trump : les gens se rendront ainsi compte de sa supercherie. Pour lui, le Républicain a cherché et créé des problèmes ailleurs, en y a joutant la peur des Musulmans et Mexicains, notamment. « Il se dit antisystème et que son vœu est de le changer. Mais comment va-t-il changer un aussi grand système ? S’il change le système américain, c’est le monde qu’il va changer et pas en bien » déplore-t-il. Pour lui, le choix des Américains est révélateur d’une profonde déception face à ce système justement. Les politiciens de « l’establishment », tels que Clinton, n’ont pas su chercher des solutions précises aux problèmes que rencontrent les gens. Trump a utilisé ces frustrations pour accéder au pouvoir, tout en ayant des propos xénophobes. Signe pour Jerry d’une « faillite » de la classe politique classique américaine, voire même mondiale. « Là où je peux peut-être rejoindre Trump, c’est sur sa politique sur l’immigration. Je ne soutiens pas son projet du mur avec le Mexique, loin de là. Mais en ce qui concerne par exemple les immigrés clandestins qui viennent aux Etats-Unis pour travailler comme des esclaves, il serait beaucoup mieux de les régulariser et d’y établir un contrôle pour qu’ils puissent vivre. Obama avait commencé à le faire. On verra ce que l’avenir nous réserve avec Trump ».

 

TheBlue

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