Roma Film Festival 2016 : entre Humour et Conscience

 

Rétrospectives de films italiens, blockbusters américains et films indépendants : le Festival du film de Rome a vécu sa onzième édition du 13 au 23 octobre. L’article.ch a passé les quatre premiers jours de la manifestation à arpenter les couloirs, les salles obscures et même le tapis rouge. Retour sur notre sélection de perles du festival du film de Rome 2016.

Le ciel est gris et menaçant lors de l’ouverture de la onzième édition du Roma Film Festival. A cause de la pluie, les organisateurs hésitent à dérouler l’étoffe pourpre qui habillera l’auditorium de Rome pendant les dix prochains jours. Si l’établissement, conçu par Renzo Piano en 2002, accueille habituellement des concerts en tous genres, il se prête parfaitement à cette célébration annuelle du cinéma. Une grande allée centrale aboutit sur une agora où de larges projecteurs ont été montés pour permettre aux photographes accrédités de marquer la présence de célébrités. Parmi elles, Viggo Mortensen, Tom Hanks, Meryl Streep, ou encore Oliver Stone. Le cinéaste américain a présenté son film « Snowden » et donné l’une des nombreuses master class qui ont animé quotidiennement le festival. « Captain Fantastic », de l’Américain Marc Ross a remporté le prix du public BNL (seule récompense du festival), parmi les 44 films présentés. Notre attention s’est portée sur deux autres longs-métrages.

 

« Whoever has cried enough, laughs » – Qui a déjà assez pleuré, rit. – « The Last Laugh »

C’est avec cette citation que débute « The Last Laugh », réalisé par la cinéaste Ferne Pearlstein. De prime abord, ce film documentaire traite de la question de l’humour et de l’Holocauste. En réalité, il propose une réflexion sur l’utilisation de l’humour pour parler d’évènements tragiques de notre histoire. On sent le public parfois gêné durant la projection, tant il est rare de rire à des blagues cyniques mais drôles à propos d’un tel sujet. La réalisatrice suit Renee Firestone, une survivante de l’Holocauste et entrecoupe son récit d’interviews d’artistes racontant comment l’humour peut devenir une arme contre la barbarie et les tentatives d’annihilation de toute humanité. Ainsi l’acteur et comédien Jeffrey Ross déclare-t-il par exemple : « Plus la blague va loin, plus elle est sombre… plus notre revanche est prise ». Si le film souligne que l’Holocauste ne sera jamais « rigolo », il affirme tout de même que l’humour permet la survie de la mémoire de cet évènement. Et rappelle qu’il a été une bouée de sauvetage pour certains déportés en maintenant éveillée cette part de leur humanité : « l’humour était une arme contre les nazis parce que c’est quelque chose qu’ils ne pouvaient pas comprendre ». Plus loin que la shoah, le film convoque une question très actuelle: peut-on rire de tout ? Oui, nous dit « The Last Laugh », mais pas n’importe quand, avec n’importe qui et dans n’importe quel contexte et surtout, toujours avec respect. Ainsi, si ce film, qui sort plus de soixante ans après la fin de la guerre, peut être vu aujourd’hui, c’est aussi parce que les plaies commencent à cicatriser et font place à la peur de l’oubli.

« The last laugh » est un film émouvant où l’on se surprend à rire aves des sujets terribles avant de comprendre que l’humour, loin de banaliser, est une force.

 

Bande annonce « the last laugh » The last laugh, date de sortie inconnue.

 

« De conscience capturée à liberté de conscience » – Dounia Bouzar

Autre film, autre ambiance. « Le ciel attendra », de Marie-Castille Mention-Schaar. Il y a peu de mots pour décrire ce chef-d’oeuvre sinon que : « nécessaire ». Cette fiction aborde les parcours de deux adolescentes qui, dans une période de vie déstabilisante, font la rencontre funeste de rabatteurs de Daech. La présence de Dounia Bouzar dans le long-métrage est particulièrement marquante car elle y incarne son rôle de tous les jours : éducatrice en soutient aux personnes embrigadées et à leur famille dans le long processus de déradicalisation. Elle a par ailleurs co-créé l’association du Centre de prévention des dérives sectaires liées à l’Islam (CPDSI) en 2014. Grâce à Dounia Bouzar, les spectateurs en apprennent davantage sur l’Islam et sur les innombrables aspects qui distinguent cette religion de l’islamisme, au moment où l’amalgame est encore trop présent dans les discussions et les débats populaires. C’est en cela que ce film peut être considéré d’utilité publique : parce qu’il n’aborde pas uniquement la question de l’embrigadement de jeunes filles fragiles, voire naïves, au sein de l’entreprise « daechienne », mais il lutte également, et nécessairement, contre l’amalgame entre Islam et islamisme. Un film à voir absolument donc. Les applaudissements enthousiastes qui résonnent au moment de rallumer les lumières vous y encouragent.

 

« The Last Laugh » et « Le ciel attendra » posent un regard sur des violences passées et présentes. Comme remède, l’un propose le rire et l’autre l’éducation et la connaissance, tous deux convoquent notre humanité.

 

DRR

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