Danny Brown : Atrocity Exhibition

Danny Brown sort son quatrième album studio, Atrocity Exhibition. A rebrousse-poil de la tendance actuelle du rap US, il s’annonce déjà comme l’un des albums les plus exceptionnels de ces dernières années.

 

 

Un rappeur pas comme les autres

Danny Brown, 35 ans, a toujours été un OVNI dans le hip-hop américain. Avec son esthétique torturée, sa voix aigüe et agressive et ses influences punk-rock, le rappeur de Detroit est l’antithèse des rappeurs populaires actuels, au style trap influencé par le Sud des USA et destiné aux clubs et aux boîtes de strip-tease. Sa trajectoire vers le succès, elle aussi, est hors du commun. Comme tant d’autres, il sort des quartiers pauvres, vend de la drogue, est condamné à des peines de prison. C’est seulement à trente ans, avec son deuxième album, XXX, sorti en 2011, que Danny Brown explose et connaît un succès phénoménal auprès du grand public. Il devient dès lors un grand nom du rap US, et se démarque par son style punk, ses jeux de mots inventifs et ses textes hautement personnels.

Danny Brown, 2016
Danny Brown, 2016

Un album attendu qui ne déçoit pas

Après un troisième album de qualité intitulé Old, sorti en 2013, qui confirme son statut dans le rap game, Danny sort son quatrième album, très anticipé, nommé Atrocity Exhibition. Le titre annonce déjà la couleur : C’est une référence à la chanson du même nom du groupe punk Joy Division. Et si au vu du personnage on ne s’attendait pas à quelque chose d’ordinaire, il dépasse toutes les attentes avec cet album, et ce dès la première chanson. Dans Downward Spiral, le rappeur crée par le texte une ambiance sombre, dérangeante, dans laquelle il se trouve piégé entre ses addictions et ses problèmes mentaux, des thèmes explorés tout au long de l’album. De même, au niveau musical, Danny Brown ressemble plus au chanteur d’un groupe de psych-rock qu’à un rappeur dans cette chanson. Elle lance parfaitement un album puissant et consistant sous tous ses aspects.

Au fond du gouffre

Alors que beaucoup de rappeurs glorifient leur style de vie plein d’excès, de fêtes arrosées et de drogues, Danny Brown se sert de son art comme d’une session chez le psy. Il partage avec son audience ses moments les plus sombres. Son talent pour créer des scènes vivides lui permet de parler avec beaucoup d’impact de ses addictions et de leurs conséquences néfastes, de ses problèmes mentaux, de ses doutes et de ses peurs. La mort, le sexe, la drogue s’infiltrent partout dans les paroles de cet album. Comme d’habitude, Danny capte l’attention de l’auditeur avec des jeux de mots inattendus, cependant il sort moins de punchlines et prend plus de place pour raconter une histoire que sur ses albums précédents.

Un son expérimental

C’est au niveau musical que l’album est le plus étonnant. Il est complètement en dehors de tout ce qui se fait dans le rap US actuellement, à tel point que l’auditeur se demande par moments sur quelle planète l’artiste était pendant qu’il enregistrait cet album. Les beats sont expérimentaux, alternatifs, parfois même franchement bizarres. Il faut dire que l’artiste s’est associé à la crème des producteurs expérimentaux du rap US : Son producteur fétiche Paul White, mais aussi Black Milk et The Alchemist notamment. L’influence punk est omniprésente au niveau des sons. Il y a beaucoup de guitare électrique, peu de basses lourdes, à la mode en ce moment, et beaucoup de batterie rock. Cela donne un effet surprenant, agressif, et les auditeurs moins habitués trouveront sûrement certaines chansons carrément désagréables.

Impact certain

Atrocity Exhibition est un album sans concession, ambitieux, lourd à digérer, qui ne laissera personne indifférent, que l’on aime ou non. Les critiques sont dithyrambiques, mais le caractère moins abordable du nouveau projet de Danny Brown pourrait nuire aux ventes. Une chose est sûre : il ne sera pas oublié de sitôt.

Bruno Siegenthaler

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