Jeunesse grecque en crise: les défis à relever.

Depuis plus de 6 ans, la Grèce est en crise. Principale victime : la jeunesse. 25% de la population est au chômage et la moitié de ce pourcentage comprend les jeunes de moins de 30 ans, issus essentiellement d’Athènes et des grandes villes où vit la majorité de la population. Pourtant, un certain nombre d’entre eux cherchent à s’en sortir, comme Mihali, 26 ans. Portrait d’un jeune qui s’accroche à son rêve dans une Grèce sinistrée.

 

Une crise qui n’en finit plus.

La crise ronge la Grèce depuis près de 6 ans. Le chômage touche un quart de la population, et près de la moitié comprend des jeunes. Ceux qui ont fait des études sont particulièrement frappés. Une génération démoralisée, dont une partie cherche des solutions dans des positions politiques extrêmes.

Arrivé en 1991 de Pologne, Mihali a fait toute sa scolarité à Athènes. Après avoir terminé l’école technique en informatique, il commence l’Université à Tripolis dans le Péloponnèse et suit encore maintenant, une formation en économie. Alors que la crise accompagne ses études, il vit de petits emplois dans le service et la vente. Actuellement, il termine son master et travaille dans une entreprise de vente de fournitures maritimes. « J’ai toujours voulu travailler. Mais la crise a retardé mes projets professionnels et cela n’a pas été facile de trouver un travail qui corresponde vraiment à ma formation ».

 

Manques dans l’éducation.

mihalis
Mihalis.

Le système scolaire puis secondaire qui mène à l’université, souffre de retards et de manques assez graves. « Les cours actuels pourraient être comparés à ceux des années 1950 en Europe occidentale. L’éducation présente de grosses lacunes. Je pense qu’il y trop de théorie durant tout notre parcours. Elle ne privilégie pas assez de connaissances utiles à l’avenir de l’élève ».

Les universités n’ont pas d’accords ou même de liens avec des entreprises, dans l’organisation de stages par exemple. A aucune moment, l’étudiant n’a la possibilité de s’immerger dans la vie active. « Si les entreprises coopéraient avec les universités, le problème du manque d’expérience au travail ou même le chômage pourraient être résolus », estime Mihali. Une situation qui perdure du fait de la présence très marquée de partis politiques dans les universités. Cette présence s’explique par le fait que les étudiants représentent des voix électorales…. Les partis refusent toute coopération avec des entreprises.. « La seule chose que les jeunes avaient, en contrepartie de leur vote, c’était du travail comme fonctionnaire. Mais ces derniers temps, avec la crise, cette mentalité commence à disparaître ».

En plus des lacunes dans le système scolaire, les étudiants sont pénalisés par l’usage de matériels obsolètes. « Quand j’étais à l’école technique, on travaillait pour la programmation sur un logiciel de 1989. J’ai terminé l’école en 2009.»

Enfin, les programmes jusqu’à la fin des études secondaires sont largement déconnectés des concours permettant l’entrée aux universités. Les élèves ne peuvent accéder à ces dernières que par des cours complémentaires privés qui pèsent lourd sur le budget des familles. Le lycée ou école technique mène à un niveau de bac insuffisant.

Un système politique et économique qui freine toute initiative.

« Avec un groupe d’amis à l’université, nous avons eu une idée de start-up, utile pour tout étudiant. Une plateforme internet, en collaboration avec diverses entreprises, permettant aux étudiants d’avoir des réductions de prix sur divers articles ». Faute de financement, le projet a été mis en réserve. Un immobilisme à mettre sur le compte de la crise, mais aussi d’une certaine mentalité bien installée. Un état d’esprit qui commence très lentement à changer. Pour comprendre cette situation, il faut remonter à la fin de la dictature des colonels en 1975. Jusqu’en 2007-2008, les gouvernements élus promettaient du travail à leurs électeurs et ont donc engagé des fonctionnaires ou des employés d’Etat. La situation actuelle est que sur les 10 millions de personnes vivant en Grèce, près d’un million travaillent pour l’Etat, soit 10% de la population. Résultat : quand on se rend dans des institutions publiques, comme un office d’impôts, « sur 10 personnes, seules 4 ou 5 font un travail conséquent ». « Chez les gens, travailler pour le gouvernement est considéré comme un travail où l’on est payé pour ne rien faire. La moitié des fonctionnaires fait le 90% du travail ». Au niveau du secteur privé, beaucoup de jeunes travaillent au noir, surtout dans les restaurants ou les bars. L’employé n’a en soi aucun « pouvoir », c’est à dire qu’il travaille jusqu’à que l’employeur le libère. Une pratique qui diminue, notamment à cause de contrôles, beaucoup plus fréquents. « Il faut savoir que de manière générale, les Grecs sont de bons travailleurs, mais ceux qui travaillent bien quittent généralement le pays. Beaucoup de médecins, scientifiques ou autres quittent la Grèce pour les pays du nord de l’Europe. »

 

Un avenir qui se dessine.

Pour l’heure, Mihali n’envisage pas de quitter la Grèce. « Si j’arrive à trouver un travail qui me plaît en lien avec ma formation, alors je reste. Mais si cela continue ainsi, je partirai. Peut-être la Pologne, ou alors le nord de l’Europe. Mon rêve, c’est de devenir indépendant. De mener un projet qui pourra faire avancer les choses. »

Malgré toute les mesures prises par le gouvernement à la demande de ses créanciers et l’Union Européenne, la situation de la Grèce reste très difficile, L’avenir saura dire si le pays prendra un chemin européen. Et si Mihali suivra, ou non, le chemin des milliers Grecs qui ont quitté leur pays en quête d’un avenir meilleur.

TheBlue

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