NeuchàToi 2016 : Regards croisés sur la laïcité et la pluralité religieuse

La quatrième édition des manifestations culturelles organisées par l’association NeuchàToi se déroule du 8 septembre au 2 décembre dans tout le canton de Neuchâtel. Au programme : un cycle de conférences, d’ateliers et de rencontres citoyennes ayant pour thèmes la laïcité et la pluralité religieuse. C’est avec cet ambitieux projet que NeuchàToi fête ses dix ans d’existence, placés sous le signe de l’intégration et du questionnement de l’identité neuchâteloise.

Au service de la cohésion multiculturelle du canton, NeuchàToi est une association qui a vu le jour en 2006 afin de questionner l’identité neuchâteloise à travers son histoire et ses appartenances multiples. Après trois éditions remarquées, l’association revient nous interroger sur ce que signifie aujourd’hui « être neuchâtelois », avec pour thèmes la laïcité et la pluralité religieuse.

L’identité neuchâteloise vue sous l’angle de la laïcité et des appartenances religieuses

Quels regards portent les habitants du canton de Neuchâtel sur leur modèle de laïcité ? Quels en sont les enjeux face à une Suisse non laïque ? Comment la diversité religieuse est-elle gérée par l’État dans le canton ? Voici autant de questions – d’une brûlante actualité – soulevées par NeuchàToi lors de la première rencontre citoyenne du programme, le 26 septembre, à la Chaux-de-Fonds. Un événement organisé spécialement pour les jeunes car l’idée de l’association est « d’aller à la rencontre de la population et d’entendre le point de vue de la jeunesse sur la laïcité » explique Céline Maye, cheffe du service de la cohésion multiculturelle et déléguée aux étrangers du canton de Neuchâtel. En effet, l’objectif de NeuchàToi est moins de débattre de la laïcité en Suisse que de comprendre de quelle manière le modèle de laïcité neuchâtelois est favorable au vivre-ensemble : « la pluralité religieuse est une réalité dans ce canton et si l’on veut vivre ensemble avec nos différentes appartenances, il est important de ne pas discriminer ». La question de la discrimination est donc au cœur du travail de NeuchàToi et c’est par elle que s’amorce le dialogue entre la vingtaine de participants – presque tous issus de l’immigration- et les quatre moniteurs/monitrices qui président la rencontre.

Un dialogue autour de quatre thématiques

Les participants sont invités à réfléchir à quatre problématiques religieuses susceptibles de lancer le débat. Illustrées sous forme de phrases – ni justes ni fausses- épinglées au mur, elles constituent le fil conducteur de cette rencontre : « La religion est une affaire privée. Les personnes religieuses doivent éviter de manifester leur appartenance religieuse si elles ne veulent pas être discriminées » ; « Le modèle neuchâtelois de laïcité, qui reconnaît trois églises, favorise la cohésion sociale » ; « Le nombre croissant de personnes de religions différentes menace la culture neuchâteloise » ; « Les jeunes issus de l’immigration sont discriminés sur le marché de l’emploi. L’État devrait davantage intervenir ». Chaque intervenant a dû exprimer verbalement son opinion sur ces visions de la laïcité, puis les écrire au feutre autour des problématiques – tâche qui s’est révélée plus difficile que prévu car certains ne savaient ni parler ni écrire le français.

Ces phrases ont toutes fait réagir plus ou moins fortement les participants. Parfois, ils étaient d’accord sur une partie de l’énoncé, comme par exemple le fait que la religion était une affaire privée, mais s’insurgeaient qu’ils puissent être discriminés sur leur appartenance religieuse. D’où la question fondamentale de la liberté d’action : à partir de quand ma liberté empiète sur celle des autres ?

Jeylani, arrivé en Suisse de Somalie il y a cinq ans, s’est particulièrement interrogé sur le modèle de laïcité neuchâtelois : « Pourquoi que trois églises ? Et l’islam, et le judaïsme ? ». La problématique de la reconnaissance religieuse est soulevée : faudrait-il reconnaître toutes les religions ou seulement celles qui se trouvent être majoritaires en Suisse ? La troisième problématique, envisageant la pluralité religieuse comme une menace pour la culture neuchâteloise, est de loin celle qui a le plus mobilisé les jeunes : « L’être humain peut être une menace mais pas la religion ! » s’exclame Jeylani.  « C’est la peur de l’inconnu qui parle » ajoute Salwa, également d’origine somalienne, mais née en Suisse.

Des pistes pour une meilleure cohabitation

Et l’État dans tout cela ? La dernière partie de la rencontre a été consacrée à la recherche de pistes afin d’envisager une meilleure cohabitation entre les différentes communautés religieuses du canton. La piste des cours de religions pour apprendre à mieux se connaître et se respecter a fait l’unanimité parmi les auditeurs, bien qu’il existe déjà une telle structure en place depuis 2009. Les participants sont donc favorables à découvrir d’autres religions que les leurs afin de favoriser le vivre-ensemble. Par ailleurs, en lien avec la problématique de la discrimination sur le marché de l’emploi, ils suggèrent une intervention de L’État à travers la loi sur le travail. Et de soulever l’idée d’un système de quotas qui favoriserait l’insertion des migrants.

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