Le Street Art côtoie L’Eplattenier à la Case à chocs

Les 25 ans de la Case à chocs, ça se fête ! Des visites guidées étaient organisées à l’occasion des Journées du patrimoine le 10 septembre. L’historien de l’art Walter Tschopp a emmené le public découvrir les peintures de Charles L’Eplattenier et des fresques Street Art. Retour en images.

Photo : D.E. / Archives de la Ville de Neuchâtel, E. Sauser

Il suffit de gravir les escaliers qui mènent à l’Interlope, le bar-restaurant de la Case à chocs, pour découvrir un étonnant contraste. Dans la montée, une immense fresque Street Art force le visiteur à contempler une femme mi-humaine, mi-squelette. Impossible alors de deviner que quelques marches plus haut se cache la salle L’Eplattenier. Une atmosphère radicalement différente y règne : scène mythologique en peinture et boiseries vieilles de 80 ans.

Héritage brassicole
Grâce à des visites guidées le 10 septembre, lors des Journées du patrimoine, une centaine de curieux ont découvert ces deux univers radicalement opposés. Emmenés par Walter Tschopp, ancien conservateur au Musée d’art et d’histoire de Neuchâtel, ils ont pu comprendre en quoi ces œuvres reflètent leurs époques.

Le rafraîchissoir de l’ancienne brasserie Müller, devenu le restaurant l’Interlope. ©Archives de la Ville de Neuchâtel, Photo E. Sauser, 1935
Le rafraîchissoir de l’ancienne brasserie Müller, devenu le restaurant l’Interlope. ©Archives de la Ville de Neuchâtel, Photo E. Sauser, 1935

Il faut dire que la Case à chocs a eu plusieurs vies. D’abord propriété viticole sous l’Ancien Régime, puis pavillon de plaisance, le site de l’Evole a vu prospérer la brasserie Müller jusqu’en 1980. C’est seulement en 1994, sous l’impulsion de l’Association des musiciens neuchâtelois (AMN), que la Case à chocs s’installe dans les locaux de l’ancienne entreprise devenue friche industrielle.

« Blondes et Brunes » de L’Eplattenier
La salle L’Eplattenier est le témoin privilégié de cet héritage brassicole. Ce local de dégustation construit en 1933 avait pour but de recevoir et d’impressionner les clients de Jacques Uhler, directeur de la brasserie. La réalisation du projet décoratif « Blondes et Brunes » est confié à Charles L’Eplattenier, ancien directeur de l’Ecole d’art de La Chaux-de-Fonds et professeur du célèbre architecte Le Corbusier. L’Eplattenier prend la consigne à la lettre et personnifie les deux teintes de bière sous la forme de deux femmes, l’une blonde, l’autre brune.

Sur le mur ouest de la salle L’Eplattenier figurent deux femmes qui se désaltèrent auprès d’une fontaine à bière.
Sur le mur ouest de la salle L’Eplattenier figurent deux femmes qui se désaltèrent auprès d’une fontaine à bière.

Le peintre s’inspire de thèmes antiques, très en vogue durant les années 1930. « La mythologie gréco-romaine représente l’idéal de la formation à l’ancienne pour la bourgeoisie de l’époque », explique Walter Tschopp. La thématique est donc fortement ancrée dans le passé. Quant au style, il est résolument moderne. Sur la peinture centrale qui représente le mythe du jugement de Pâris, les couleurs primaires dominent : bleu pour l’eau, rouge pour les paysages, jaune pour les personnages.

La scène centrale de la salle L’Eplattenier ; Pâris va à la rencontre de trois déesses : Junon (en haut), Minerve (à gauche), et Vénus (au centre).
La scène centrale de la salle L’Eplattenier. Pâris va à la rencontre de trois déesses : Junon (en haut), Minerve (à gauche), et Vénus (au centre).

Street Art d’actualité
Un bond en avant de près d’un siècle attend le visiteur à sa sortie de la salle L’Eplattenier. Face à lui, la fresque murale tape-à-l’œil de Broken Fingaz. Les quatre graffeurs Israéliens se servent d’un graphisme emprunté aux comics US des années 50 pour parler des drames d’aujourd’hui. La scène principale de leur gigantesque création représente une jeune femme blonde, crâne et cerveau apparent. Inscrit tout en haut à gauche, la date clé de 2011. Trois semaines après l’accident nucléaire de Fukushima (Japon), le collectif d’artistes peint l’horreur sur les murs de la Case à chocs.

Fresque géante de Broken Fingaz réalisée en 2011

Si les graffeurs peuvent retranscrire l’actualité aussi instantanément, c’est grâce à une création spontanée. Toutes les images prennent forme au cours d’une jam session ‒ séance d’improvisation ‒ de trois jours. Les street-artistes peignent, tandis que le duo israélien « 3,4,2,1 » venu jouer à la Case à chocs, les accompagne en musique. Walter Tschopp insiste, ce sont des œuvres à part entière. « Certains considèrent encore le Street Art comme quelque chose loufoque. Pourtant, ces créations s’inscrivent dans un courant d’art public qui remonte à des siècles ».

D.E.


Pour plus d’informations sur l’histoire du site de L’Evole, L’Eplattenier et le Street Art à la Case à chocs : le guide L’Ancienne Brasserie Müller à Neuchâtel, édité par la Société d’art et d’histoire en Suisse.

Prochains événements : 25 ans Case à chocs
– 1 octobre : soirée Neuchâtel plays 25 ans de hits à la Case à Chocs.  De nombreux groupes neuchâtelois vont reprendre trois titres parmi les hits joués depuis 25 ans dans la salle de concert. Ouverte des portes à 21h. Entrée gratuite.

– Jusqu’au 14 octobre : Exposition photographique Le son en images au péristyle de l’Hôtel de Ville de Neuchâtel. Des moments instantanés de la saison 2015-2016 capturés par l’équipe des photographes de la Case à Chocs. Du lundi au vendredi, de 7h30 à 17h30. Entrée gratuite.

 

 

 

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