Solar Impulse 2 atterri à Séville après la traversée de l’Atlantique.

L’avion solaire conçu en Europe par les Suisses Bertrand Piccard et André Borschberg se pose sur sol européen dans sa quinzième étape (sur dix-sept) depuis son départ d’Abu Dhabi en mars 2015. L’avion sera passé par l’Inde, le Myanmar, la Chine, le Japon et les USA avant de boucler son tour du monde aux Emirats arabes Unis.

Récit et interview de Bertrand Piccard.
par Viviana von Allmen

 

Jeudi 23 juin 2016 à l’aube, juste avant de se poser, Solar Impulse 2 est salué par la patrouille aérienne espagnole « Aguila », dessinant dans le ciel les couleurs des drapeaux suisse et ibérique, offrant à cet «oiseau» silencieux une reconnaissance fracassante de la Ville de Séville.

Le choix s’est porté sur la capitale andalouse car « la région est l’une des zones les plus irradiées d’Europe et de surplus, elle jouit d’une météo idéale pour la production d’énergie solaire », explique Raymond Clerc, directeur du centre de vol de Solar Impulse.

Sur le tarmac, l’émotion est forte. Ici et là, on peut voir des yeux humides. C’est que toute l’assemblée qui assiste à l’atterrissage comprend qu’il s’agit là d’un événement exceptionnel et d’une portée d’avenir.

« Je ne peux pas réaliser, c’est tellement fantastique ! », s’est exclamé le pilote suisse, Bertrand Piccard, communiquant avec le centre de contrôle de l’avion à Monaco, en direct sur Internet.

Pour abriter un tel avion un hangar a été construit spécialement et sur mesure.
L’avion pèse 2,3 tonnes pour 72 mètres et vole à une vitesse moyenne de 50 km/h grâce à des batteries qui emmagasinent l’énergie solaire captée par quelque 17.000 cellules photovoltaïques installées sur ses ailes. Il a accompli la traversée de l’Atlantique en 70 heures et 38 minutes.
La cabine de 3,8 mètres cubes n’est pas pressurisée. Elle est toutefois recouverte d’une mousse isolante pour atténuer les températures extrêmes en vol (entre +40 et -40 degrés Celsius) et les pilotes portent des habits de nylon intelligents qui aident à stabiliser la température corporelle.
Le plus étonnant dans cet habitacle, c’est qu’il y a assez de place pour le panneau de contrôle, les bouteilles d’oxygène, de la nourriture et un set de survie avec parachute et radeau.
Le pilote ne peut pas se déplacer, mais depuis son siège «multi fonctions» il a accès à tout. Le siège est rabattable et sert à se reposer ou faire de la gym, afin que les muscles ne s’ankylosent pas.

Un voyage au delà des conventions

Parmi les personnalités politiques et de l’industrie venues accueillir le pilote et son avion solaire, Thomas Kolly, Ambassadeur de Suisse en Espagne qui a relevé dans un discours teinté d’émotions le rôle de pionniers et l’audace de ce groupe d’helvètes. « Le rayonnement de la la Suisse en est d’autant plus renforcé », a-t-il salué.

« Le futur est propre et il commence maintenant ! », s’est exclamé quant à lui Bertrand Piccard, donnant ainsi comme son grand père Auguste une citation de portée humanitaire et d’avenir.

Trois questions à Bertrand Piccard

Quel a été votre état d’esprit durant ces jours au dessus de l’Atlantique ?

Le premier jour, j’ai pris la mission en tant que pilote. Le deuxième, j’ai vu le lever du soleil au milieu de l’océan et je me suis dit que c’était simplement magnifique. Le troisième jour, à l’approche des côtes européennes, je me suis rendu compte que ça allait marcher, que j’allais vraiment traverser l’océan Atlantique avec le Solar Impulse 2. Arrivé au sol je ne voulais pas ouvrir la porte, j’aurais aimé que ce vol ne finisse jamais. Dans cet espace qui m’a servi de « maison », je ne voulais presque pas dormir ni manger pour pouvoir jouir de ces moments exceptionnels.
La traversée de l’Atlantique est un symbole, dans notre aventure, on ne parle plus de distances entre des continents mais, d’un état d’esprit.

Avez-vous eu un entraînement particulier pour faire la traversée de l’Atlantique ?

Pour des vols de cette envergure, nous avons recours à des techniques de yoga, méditation, autohypnose afin de nous maintenir éveillé étant donné qu’il n’est permis de se reposer que durant des périodes de 20 minutes.

Que représente ce grand exploit ?

C’était une expérience unique et un vol incroyable. Au départ de l’aventure Solar Impulse, il y avait le rêve de pouvoir voler continuellement, sans carburant et sans avoir besoin de ravitailler. Ce vol confirme que c’est possible, même s’il était loin d’être facile : pendant trois jours et trois nuits, j’ai souvent été confronté à de fortes turbulences.

Le centre de contrôle à Monaco prévoit de faire encore deux vols dont la première étape sera l’Egypte. L’ultime vol ralliera Abu Dhabi aux Emirats Arabes Unis, où l’aventure a commencé en mars 2015.

V.vA

Photo par Viviana von Allmen

 

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