Primaires américaines: point de vue de deux étudiants d’origine américaine.

La bataille pour les investitures démocrates et républicaines à la présidence des Etats-Unis fait rage : Hillary Clinton et Bernie Sanders du côté démocrate, Donald Trump et Ted Cruz côté républicain. Face à des élections dont le résultat reste encore incertain, deux étudiants d’origine américaine donnent leur point de vue sur ces primaires outre-Atlantique. Rencontre avec Catherina, étudiante à l’université de Neuchâtel, arrivée il y a une année en Suisse pour apprendre le français, et Timothy, étudiant à l’EPFL d’origine américaine.

 

 

Une situation politique difficile

Si l’on doit dire quelque chose sur la politique américaine actuellement, c’est qu’elle est très « dysfonctionnelle ». Du point de vue de Timothy, avec un Congrès si peu coopératif (qui se trouve être à majorité républicaine), il est impossible de faire avancer les choses, surtout pour le Président Obama. Etant donné ces énormes différences politiques, en plus des gros montants d’argent circulant dans la politique américaine, les gens sont, de manière générale, frustrés, ce qui expliquerait l’avancée d’outsiders comme Donald Trump, Ted Cruz ou Bernie Sanders. Pour Catherina, la politique américaine est très différente d’il y a 3 ans : des jeunes prennent de plus en plus position en politique, et cela dans les deux partis. Mais d’après elle, ils ne s’intéressent qu’aux débats sur les réseaux sociaux, sans aller plus loin dans leurs recherches. Le climat est aussi très tendu actuellement : les primaires sont source de violence entre les gens, pour et contre Donald Trump surtout. « Chacun est retranché derrière ses opinions et n’accepte pas les différences » confie-t-elle.

 

Les candidats

Les médias ont beaucoup montré les quatre candidats en lisse pour les investitures. Côté démocrate, Hillary Clinton s’oppose à Bernie Sanders. Dans le camp adverse, Donald Trump affronte Ted Cruz. Actuellement, Clinton et Trump sont les grands favoris à l’investiture de leurs camps respectifs.

Pour Catherina, Clinton est bel et bien la favorite. C’est une femme active et dynamique qui a surtout plus d’expérience que tout les autres candidats, étant donné qu’elle a été secrétaire d’Etat, sénateur et Première dame. Mais « Hillary » est plongée dans une série de scandales ternissant beaucoup son image à l’égard des Américains, qui la considèrent comme une menteuse. Ces scandales sont notamment l’attaque, dans la nuit du 11 au 12 septembre 2012, d’un bâtiment diplomatique américain à Benghazi. L’ex secrétaire d’Etat avait été accusée d’avoir mal géré la situation, ce qui a résulté à la mort de quatre personnes dont l’ambassadeur américain en Libye. Pour Timothy, Clinton représente un « bon choix », étant donné son expérience. À propos des scandales, ils ont étés largement utilisés par les médias conservateurs à des fins politiques. « Elle a certainement commis des erreurs, mais dans mon optique, elles sont excusables par rapport au service qu’elle a rendu au pays, tout au long de sa vie».

À propos de Bernie Sanders, les deux avis sont différents. « Bernie semble être quelqu’un de bien. Mais il n’a pas la carrure d’un président des Etats-Unis. Il n’est même pas montré par la plupart des médias du pays, alors que Trump l’est presque tout le temps ! » observe Catherina. Par ailleurs, il ne serait pas « pris au sérieux » par le reste du monde. Timothy, lui, évoque un Bernie qui a marché au côté de Martin Luther King, qui s’est battu pour la légalisation du mariage pour tous et de son combat pour les déshérités. «  Il a permis aussi à Clinton de devenir une meilleure candidate dans la mesure où il l’a forcée à se présenter sous son meilleur jour, du point de vue de ses idées ».

Concernant Ted Cruz, les deux étudiants s’entendent pour dire que c’est un politicien voulant nuire à son pays pour son propre intérêt. Il fait partie du l’aile ultra-conservatrice du Parti républicain et s’appuie sur les groupes évangélistes et ultra-patriotiques du pays. « Ted Cruz est un politicien opportuniste, sournois et dangereux. Par exemple, quand il a organisé avec son parti le « shutdown » du Gouvernement Fédéral en 2013 dans le but de s’attirer de l’attention, le pays a perdu sa note financière AAA et par la suite, des milliards de dollars. » dit Timothy.

Et Donald Trump ? Il est le candidat le plus dangereux pour les deux étudiants. Selon Catherina, la peur est l’arme principale du milliardaire. «  Il utilise le racisme comme argument de sa campagne. Et cela contre les immigrés et les musulmans. Ses propos sont choquants et incitent à la haine de l’autre, mais fonctionnent sur beaucoup de monde. En plus il coupe l’Amérique en deux : ceux qui sont pour lui et ceux qui sont contre ». Lors de plusieurs de ses meetings, des personnes hostiles au dires du candidat ont protesté et ont parfois étés violement arrêtés par les forces de sécurité. Pour Timothy, Donal Trump est un gros embarras pour les Etats-Unis. «  Il sait comment utiliser les médias à son avantage. Pour lui, avoir une position ou des arguments, ne doivent pas être liés au succès politique, comme lui-même a pu le dire. En bref, Donald Trump est un escroc narcissique » confie Timothy.

 

Trump : un futur dictateur ?

Le quotidien américain Boston Globe, a publié le 9 avril dernier une « fausse Une » datée du dimanche 9 avril 2017 (image ci-dessous). Le titre : « Les déportations vont commencer », avec un commentaire de Trump « Les illégaux vont être déportés si vite que votre tête va tourner ». Un avenir qui fait froid dans le dos pour Catherina. En effet, une telle « Une » serait assez réaliste dans un avenir pas si lointain que ça. C’est aussi un bon exemple de résistance contre Trump, et cela éveillerait les gens. « Un comportement pareil serait l’exemple même d’un dictateur ! ». Pour Timothy, le Boston Globe, qui est un journal assez influent aux Etats-Unis, essaie de prédire le comportement d’une personne aussi incontrôlable que Trump. Les médias ont réalisé qu’il n’est pas simplement une « publicité » destinée à apporter de l’attention aux grandes compagnies médiatiques. « Sincèrement, je ne veux pas imaginer ce qu’il peut se passer si Trump est le commandant en chef de la plus puissante armée du monde ! » confie-t-il.

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Article du quotidien américain « Boston Globe », daté du dimanche 7 avril 2017 (Source: www.bostonglobe.com).

Un avenir incertain

Que penser de cet avenir alors ? Catherina livre une vision plutôt pessimiste. Même si Trump ne gagne pas les élections, un clivage important parmi les Américains aura été créé, entre « pro » et « anti » Trump. « Je vois plutôt un pays qui a des problèmes et rien en soi va changer, quel que soit le candidat élu ». Timothy est plus optimiste. Selon lui, même si les opinions divergent à ce sujet, l’économie américaine a presque repris le cours précédant la crise de 2008. «  Les Américains vont prendre une décision très importante en novembre et je suis sûr qu’ils vont choisir sagement. Si nous pouvons remettre le système politique sur les rails, je pense que l’avenir du pays sera radieux. Paraphrasant le comédien Jon Stewart : La question n’est pas que nous faisons face à des problèmes. Nous avons fait face à des problèmes tout au long de l’histoire. Le problème c’est que nous faisons face à une déficience dans notre mécanisme à résoudre les problèmes ! ».

 

TheBlue

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