Les intelligences artificielles rêvent-elles de pierres électriques

 

Un ordinateur a battu le 15 mars le maître du go, un jeu où l’Homme résistait encore à la machine. Larticle.ch revient sur l’événement avec Martin Python, président d’YverdonGoClub.

Comme tous les mardis soirs, d’étranges termes japonais peuvent être entendus au bar yverdonnois Le Tempo. L’espace de deux heures, trois tables accueillent les plateaux d’un jeu encore très peu connu en Europe, le jeu de go. C’est ici que les membres de l’YverdonGoClub et son président Martin Python se donnent rendez-vous pour partager leur passion. « Cela fait une année que le club a été relancé et depuis nous nous voyons toutes les semaines ».

 

Le match du siècle

 

Le jeu de go est «un jeu extrêmement simple et c’est là toute sa difficulté. À tour de rôle, les deux joueurs doivent répartir une pierre sur les intersections d’un grand damier, et ce dans le but d’établir un plus grand territoire que l’autre ».

Peu connu des Européens, c’est tout l’inverse en Asie où un manga a même été consacré au sujet. « En Asie, les joueurs professionnels gagnent bien leur vie grâce au go. La différence de niveau entre joueurs asiatiques et européens est frappante. Ici, seule une dizaine de joueurs peuvent vivre de cette passion, notamment en proposant des stages de formation. Mais cela a aussi des avantages. Les joueurs de go devant beaucoup voyager pour participer à des tournois, nous avons invité à Yverdon un joueur japonais 8ème dan professionnel (ndlr : niveau extrêmement haut pour un joueur de go), ce qui nous a permis de faire connaître un peu plus ce jeu dans la région. Une autre façon de développer l’intérêt autour du go serait de proposer des stages directement dans les écoles, comme ça se fait avec les échecs ».

Le match opposant le maître du jeu de go Lee Sedol et l’ordinateur AlphaGo était considéré par beaucoup comme le match du siècle. L’équivalent du match d’échecs entre Garry Kasparov et Deep Blue, en 1997. Cependant, malgré une victoire 4-1, le chemin d’AlphaGo n’est pas terminé. « Lee Sedol a dominé le circuit du go ces dix dernières années et aussi atteint le titre suprême de 9ème dan professionnel. Mais, à la manière de Federer, il n’est plus le meilleur du circuit aujourd’hui. La prochaine étape pour AlphaGo sera sûrement un match contre le numéro un actuel ».

 

AlphaGo, le superordinateur

 

Pour les passionnés du go, cette défaite de Lee Sedol ne signe pas l’arrêt de mort du jeu par l’intelligence artificielle. « On a entendu certains joueurs parler de la fin du jeu de go, mais je n’y crois pas. Le nombre de coups possibles est trop nombreux, même pour un superordinateur. Tout comme les échecs ont continué d’exister après Deep Blue, le go sera toujours joué après AlphaGo. Le rapport entre l’Homme et la machine est très symbolique et fait donc beaucoup parler, mais il s’agit simplement d’une étape », estime Martin Python .

Le superordinateur développé par Google a pu arriver à de tels résultats grâce à un processus nommé « deep learning » lui permettant d’apprendre du million de parties qu’il a jouées avant ce match. Là où un simple ordinateur calcule toutes les options envisageables, AlphaGo ne considère que les coups intéressants. « Le fait qu’AlphaGo ait battu Lee Sedol peut laisser penser que cet ordinateur lui est purement supérieur. Seulement, il faut garder en mémoire la réaction de Garry Kasparov suite à sa défaite contre Deep Blue, qui me semble très pertinente ». Ce dernier avait déclaré ne pas avoir perdu contre une machine, mais contre tous les autres grands maîtres d’échecs réunis.

Ces avancées technologiques sont à double tranchant. D’un côté, Google prédit des progrès dans de nombreux secteurs, dont la santé. De l’autre, les plus sceptiques mettent en garde contre une machine capable de penser à la manière d’un Homme. « Les deux côtés de l’ordinateur m’intéressent. Il est vrai qu’il peut rapidement devenir un allié précieux pour s’entraîner et évoluer au jeu de go. Mais les nouvelles technologies mises dans de mauvaises mains peuvent être mal utilisées. Bien sûr, AlphaGo seule ne permet rien d’autre que de gagner au jeu de go, mais sa capacité à « apprendre en profondeur » peut servir d’autres fins ». Google et l’équipe d’AlphaGo ont garanti que les avancées apportées par l’ordinateur ne seraient pas utilisées à des fins militaires.

« Même si la plupart des amateurs de go ne s’attendaient pas à une défaite de Lee Sedol, l’avance des ordinateurs sur la quasi-totalité des joueurs était déjà connue ». Le rapport entre les IA et les amateurs est différent de celui entretenu par les professionnels. Celles-ci sont perçues comme des aides, notamment pour entraîner certains cas de figures particuliers. « Mais le meilleur moyen de progresser reste les parties entre amis ».

 

Pour en savoir plus sur ce jeu de plateau plurimillénaire, rendez-vous au Tempo à Yverdon tous les mardis soirs à partir de 19:30 et sur le site www.swissgo.org.

 

MaG

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