Les criminels étrangers, tous susceptibles de renvoi ?

Le peuple suisse s’apprête à voter sur l’initiative de l’UDC concernant la mise en œuvre du renvoi des criminels étrangers vivant en Suisse. L’initiative, «lourde de conséquence» affirment les opposants, n’est pas à prendre à la légère. Sur quoi vote-t-on ? Quelles conséquences engendrerait cette votation et comment sont-elles appréhendées au sein de la population suisse ? Nous avons interrogé quelques passants dans les rues de Bienne et environs dans le but de tester leurs connaissances à ce sujet.

L’initiative en bref

Jusqu’en 2010, un criminel étranger était jugé au même titre qu’un criminel suisse : il était contraint de s’acquitter d’une peine privative de liberté, dans les cas moins graves, d’écoper d’une amende. Dans les cas extrêmes, par exemple le meurtre ou le crime d’ordre sexuel, le renvoi et l’interdiction de sol suisse pouvaient être prononcés. Ces cas isolés et peu récurrents étaient traités par jurisprudence car aucun texte ne faisait mention de renvoi. En 2008, l’UDC lance une première initiative en faveur d’un durcissement de la loi. Argument principal du parti : les prisons suisses débordent de criminels étrangers. Le texte aboutit et en 2010, le peuple se prononce en sa faveur. En mars 2015, le Parlement adopte les dispositions légales à cet égard. Insuffisant pour l’UDC qui s’est impatientée : le parti a lancé une nouvelle initiative qui demande la mise en œuvre de son premier texte.

Qu’est-ce qu’un criminel selon l’initiative et qui vise-t-elle ?

Une mise en œuvre qui reste très dure à appliquer. En effet, bien qu’elle fasse mention de crimes majeurs tel que le vol à main armée, le meurtre, l’escroquerie à l’aide sociale ou le génocide, la définition de crime reste une modalité. Ce qui est reproché à cette initiative, c’est qu’elle vise à mettre tout le monde dans le même panier : un voleur de bière risque au même titre qu’un violeur de se faire expulser. En cause : les articles de l’initiative qui renvoient au code pénal suisse. Celui-ci considère un « vol qualifié » du moment qu’il y a plus d’une personne dans la tentative. «Hors, supposons que deux jeunes, un étranger né en Suisse accompagné d’un ami suisse, se fassent arrêter pour avoir tenté de voler une bière. Le jeune étranger risquerait le renvoi alors qu’il est né Suisse. Son compagnon, lui, s’acquitterait d’une simple amende.» C’était l’un parmi d’autres arguments développé par les opposants, lors de l’émission « Infrarouge », diffusée mercredi 27 janvier sur RTS Un. L’initiative ne fait nullement mention d’une différence entre étrangers. Un secundo étudiant en Suisse risquerait également d’être expulsé au même titre qu’un immigré fraichement débarqué. Parmi les opposants, on articule le chiffre de 18’000 secundos potentiellement concernés.

Nous sommes allés interroger les gens dans les rues de Bienne et environs afin de tester leur connaissance. Voici leur réaction quant aux questions évoquées.

«Vous-êtes vous renseignés au sujet de l’initiative de mise en œuvre de l’UDC et si oui, qu’en pensez-vous ou que pouvez-vous nous dire à ce sujet ?»

«Je pense que politiquement ce n’est pas une solution. Elle part d’une mauvaise intention. Elle part d’une question idéologique et on ne peut pas l’appliquer au niveau du droit. Vous savez, je suis d’origine marocaine et j’ai des amis qui sont mariés à des Suissesses et j’essaye de leur expliquer les coutumes qui ne sont pas les leurs. Par exemple, mes amis préfèrent le thé au vin qui est une boisson de table ici. Je leur explique que s’ils veulent boire leur thé, il faut accepter qu’il y a des gens qui boive le vin à table. Les coutumes doivent se rejoindre malgré leur différence. Ce n’est pas ce que fait cette initiative qui colle une étiquette mauvaise sur la tête des étrangers. On pense se mettre à l’abri en faisant cela mais c’est faux. J’aimerais leur dire que l’étranger est comme une chambre noir : on en a peur tant qu’on n’a pas allumé la lumière dans la chambre. Ça me gêne ; on met des bâtons dans les roues de l’intégration.»

Abdllatif, 52 ans, Bévilard

 

« Les « secundo » (deuxième génération d’immigrés nés en Suisse) sont également visés par l’initiative. Qu’en pensez-vous ?»

«Je ne m’intéresse pas trop à la politique. Je suis la plupart du temps des émissions qui en parlent et là, je trouve leur initiative et leur pensée trop radicale. Deux petites infractions et on les renvoie ? Je trouve ça trop sévère. Concernant les secundo, il existe des voyous et des secundo bien intégrés. Mon avis est partagé mais… si on ne peut pas faire confiance aux deuxièmes générations, à qui peut-on faire confiance ?»

Jacqueline, 58 ans, St-Aubin (NE)

 

«Je me suis renseigné un minimum et j’ai la même réaction qu’en 2010. Je suis contre. C’est ahurissant, choquant ! Surtout pour les secundo. Les renvoyer… ce n’est pas les renvoyer, c’est plutôt les envoyer quelque part. »

Educateur, 35 ans, la Chaux-de-Fonds

 

«Je me suis renseigné en regardant l’émission Infrarouge. Je sais dans les grosses lignes plus ou moins de quoi ça parle. Ma femme est une secundo. Alors du coup je me sens directement concerné par cette initiative. Pour moi, on ne traite pas une secundo au même titre que quelqu’un qui est là depuis moins longtemps. C’est une initiative trop ouverte, pas assez ciblée. Je considère que ma femme est autant suisse que moi.»

Sacha, 35 ans, chef de projet, Sonceboz

Le peuple suisse s’est prononcé en faveur d’un renforcement de la loi en 2010, mais la question sur la criminalité étrangère reste ouverte. Une chose est sûre : la criminalité est punissable par notre constitution. Reste à savoir : a-t-elle forcément une couleur ? Le peuple tranchera le 28 février. Pour l’heure, l’issue de la votation est incertaine. Selon l’institut gfs.bern mandaté par la SSR à la mi-janvier, 51% des personnes interrogées se sont déclarées favorables. Contre 55% en octobre, selon un sondage du Sonntagsblick.

Simon Zulauf

Pour en savoir plus :

Un voleur de bières risque bel et bien l’expulsion – rts.ch – Suisse
Le renvoi des criminels étrangers coûterait très cher à la Suisse – Le Temps
Votations

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