Vente de « Mein Kampf », un choix éthique

Une nouvelle édition de « Mein Kampf » est actuellement commercialisée. Le débat autour de cet ouvrage est encore bien présent. Les librairies sont-elles obligées de le mettre en vente dans leur structure ? Quelle est la place des convictions dans ce choix ? Rencontre avec une libraire yverdonnoise. Photo: Web.

La nouvelle édition

Le premier janvier 2016 « Mein Kampf », le livre rédigé par Adolf Hitler entre 1924 et 1925 est tombé dans le domaine public. On le sait, l’auteur est décédé il y a 70 ans, ce qui signifie que la Bavière, détentrice des droits d’auteurs, ne peut plus empêcher sa publication, interdite en Allemagne depuis 1945. Les premiers exemplaires étaient disponibles dès le 8 janvier. Il y est très demandé (environs 15’000 précommandes selon Le Matin) et un nouveau tirage est en cours. La nouvelle édition comprend 3’500 annotations et coûte 59 euros.

Bien que de nombreuses personnes soient sceptiques, la communauté juive notamment, cette nouvelle édition a pour but principal de briser le mythe qu’a érigé le régime nazi autour du pamphlet et de son auteur.

En Suisse

Les autorisations de publication dépendant de la législation en vigueur de chaque pays, la version francophone était déjà commercialisée avant le 1er janvier 2016 en Suisse. Il s’agit en fait d’une simple traduction dotée d’un avertissement de quelques pages. L’intérêt pour « Mon combat », le titre français, semble bien moins important dans notre pays. Malgré cela, une édition commentée était prévu pour début 2016. Mais des différends entre l’équipe de rédaction ont retardé sa parution. Quatre-cent pages d’appareil critique devraient compléter la nouvelle traduction d’Olivier Mannoni.

Payot va commercialiser le livre et une commande est actuellement en cours. Le livre n’apparaîtra jamais en premier plan des étales, nous dit la librairie, et sera placé en rayon et en libre accès. Pour l’instant, il est compliqué de mesurer son succès présent et futur puisque les commandes ne sont pas encore arrivées et que la nouvelle version est en préparation.

Et les librairies indépendantes ?

L’étage, petite librairie indépendante yverdonnoise, ne vendra pas ce livre. La propriétaire, Céline Besson, est claire là-dessus : « Il s’agit d’un choix éthique avant tout. Commercialement, nous pourrions nous poser la question de l’avoir si nous avions une clientèle universitaire potentiellement intéressée, mais ce n’est pas le cas. Je précise que dans une librairie comme la nôtre, nous choisissons chaque livre en fonction de nos intérêts, de nos sensibilités politiques et de leur potentiel de vente pour notre clientèle ». Cependant, un libraire doit être au service du client mais aussi du livre, ce qui rend la situation d’autant plus délicate. La propriétaire peut donc commander  »Mein Kampf » si, par exemple, un étudiant le lui demande. Elle ajoute pourtant : « Il n’y a aucune censure officielle sur cet ouvrage ni de précautions de vente. C’est pour cette raison que chaque libraire, en fonction de son éthique personnelle, et non pas professionnelle, pourrait se permettre de ne pas commander ce livre pour un client s’il a des doutes sur l’usage ou l’intérêt que ce dernier porte à ce texte. Une pratique totalement admise dans la profession ».

Ce livre n’est pas plus compliqué à obtenir qu’un autre. Le délai est simplement plus long car il doit être commandé directement chez l’éditeur en France. Céline Besson, malgré son refus, pense que la nouvelle édition commentée est une bonne chose car elle permet d’aborder ce « témoignage historique important » comme tel et non comme de la propagande ou l’exposé d’une idéologie antisémite.

Un danger ?

La peur qui revient inévitablement est l’utilisation que certains groupes racistes pourraient faire de l’œuvre d’Adolf Hitler. Pourrait-elle pousser à la violence ? Ou insuffler des idées chez certaines personnes ? Il ne faut pas oublier que le livre est déjà disponible dans plusieurs langues et que des versions allemandes circulaient déjà sur internet. On peut donc penser que ses méfaits auraient d’ores et déjà été ressentis auparavant. C’est pour cela aussi que cette réédition ne sera pas lâchée à l’état brut dans la nature. Des études de ce texte dans le cadre scolaire sont même prévues, car il reste un texte historique primordial permettant de comprendre les événements survenus entre 1933 et 1945.

Emma Rebeaud

 

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