« Paris ? La fin de l’insouciance ! »

Le 13 novembre dernier, Paris a vécu une attaque terroriste à glacer le sang. Deux semaines après cet épisode sanglant, la vie a gentiment repris son cours. C’est dans ce contexte un peu particulier que L’Article.ch s’est rendu sur place afin d’interroger ces acteurs du quotidien qui nous livrent leurs impressions et leurs appréhensions.

Une jeunesse, entre doute et résistance

Après les attentats de Paris, de nombreux experts ont mis en évidence que la volonté première des terroristes était de s’attaquer à une jeunesse insouciante, aux mœurs dévergondées. En réaction à ce drame, ils sont nombreux à ne pas vouloir se laisser intimider par la situation. Dès lors, aller boire un verre sur une terrasse est devenu pour certains d’entre eux un marqueur politique de résistance, de protestation et de rébellion.

Au coin d’un café, nous rencontrons des jeunes qui nous expliquent : « Franchement, si je peux les emmerder [les terroristes] en continuant mon mode de vie bière, baise, fumette et excès tout en me faisant plaisir, je ne vais pas me gêner ». Néanmoins, derrière cette apparence et cette posture revendiquées, d’autres jeunes reconnaissent qu’il y a dès maintenant un mal profond ancré dans leur manière d’appréhender la vie nocturne à Paris. Clément nous confie : « C’est fou, mais depuis le 13 novembre, il y a quelque chose qui s’est brisé… L’atmosphère ne sera plus jamais la même ! C’est la fin d’une époque, la fin de l’insouciance ! ». Clément continue en avouant qu’il est désormais plus de méfiant durant ses sorties. « Maintenant quand je vais dans des lieux publics, je prends soin de repérer les sorties de secours, je regarde comment déclencher les interrupteurs pour sortir du métro et j’évite de m’assoir en terrasse ».

Les commerçants et le tourisme dans le dur

Avec ces attaques au cœur de Paris, une des villes les plus fréquentée au monde, ce n’est pas seulement la jeunesse qui a été visée, mais aussi l’ADN de toute une région. Paris connue pour sa beauté, souffre depuis deux semaines de cette image peu rassurante qui hante l’esprit des touristes. Et l’économie en paie le prix fort.

Dès notre arrivée à la Gare de Lyon, notre chauffeur de taxi, abattu, nous confie : « Ha, mais c’est une catastrophe ! On ne dirait pas, mais c’est vrai qu’entre nous, chauffeurs de taxi, on ressent une baisse quant à la demande de service. On voit beaucoup moins de touristes que d’habitude. »

Pour mesurer les propos tenus par notre chauffeur, il suffit de flâner dans les rues de la capitale. Les cafés et les boulangeries qui en temps normal gèrent des flux continus de clients, connaissent des baisses de fréquentations. Les quais le long de la Seine sont curieusement vides pour un samedi aux températures très clémentes. Le Louvre qui nous a habitués à des files d’attente d’une durée interminable, est redevenu un musée presque comme les autres.

Même si François Hollande invite les citoyens français à ne pas céder à la crainte, David qui loue régulièrement son logement pour arrondir ses fins de mois reconnait une baisse de fréquentation : « J’ai eu des annulations de couchsurfing ces deux dernières semaines car les touristes estimaient qu’ils ne seraient pas en sécurité ». Les touristes suisses rencontrés durant le trajet en TGV symbolisent quant à eux l’ambiguïté de la situation. En effet, certains d’entre eux ont une vision pragmatique des attentats et estiment qu’il ne faut pas stigmatiser un pays car le danger est désormais partout.

La vie continue

Les attaques survenues il y a deux semaines restent profondément ancrées dans la mémoire des Français. Néanmoins, la vie a repris son cours. Si les citoyens sont beaucoup plus méfiants à l’égard de tout bruit suspect et des agissements des forces de police, le drame survenu le 13 novembre ne les empêche pas de continuer à vivre. En témoigne le marché de Noël des Champs-Elysées qui accueille chaque jour des milliers de personnes dans un contexte politique qui reste tendu.

EL.A

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