Matisse, en son temps : pas totalement

Déjà nostalgique d’un été passé, L’Article.ch en a pourtant retrouvé les teintes fauves auprès du peintre français Henri Matisse. Une échappée belle proposée par la Fondation Pierre Gianadda jusqu’au 22 novembre 2015. Photo : Web. 

« Matisse, en son temps », un beau cadeau d’anniversaire que se voit offrir Léonard Gianadda, fondateur de l’institution martigneraine du même nom, à l’occasion de ses 80 ans. Des paysages citadins à la saisie instantanée aux rêveries orientales des Odalisques, en passant par le cubisme sous toutes ses faces, la collection entraîne le visiteur d’un courant à l’autre, ne laissant à l’œil aucun répit. Chef de file du fauvisme, Henri Matisse est de ces 4 géants de l’art du 20ème siècle dont Pablo Picasso, Salvador Dali et Andy Warhol. L’exposition retrace justement ses liens d’amitiés, peut-être moins son parcours artistique à l’allure atypique.

Scientifique de la couleur

Maître de la couleur, amoureux de la peinture plus que des femmes, Henri Matisse recherchait depuis toujours l’intensité des couleurs. Le Sud de la France la lui donne. Une première transition dans l’œuvre du peintre : ce dernier bouscule toutes les règles déjà établies en commençant à travailler avec du rouge et du vert, l’association bleu-jaune étant en vogue. Il se référait, sans réellement le faire, à la réalité qu’il transformait. Ses tableaux criaient la couleur, d’où le surnom de « bad boy de la peinture française ». La simplicité de son travail est primitive, il peignait, disait-on, comme un fauve. Même Staline l’a dénoncé décadent, probablement de par son modernisme d’avant l’heure.

Avant-gardiste de l’art moderne

Il a su trouver une cohérence dans la rencontre des motifs, ce qui a fait le bonheur de designers d’intérieur et de mode, encore à l’heure actuelle. Dans la deuxième partie des années 1910, les créations d’Henri Matisse anticipent l’expressionisme abstrait des années 50, L’Atelier Rouge de 1911 pour exemple. L’espace est géométrisé, alors rendu monumental. Suit la série des Odalisques, thème qu’il revisite dans les années 20 et dont il puise l’inspiration à Nice. La ligne et la forme se voient privilégiées tout comme la figuration. Chatoyantes, lascives et luxuriantes, ses œuvres ont influencé les plus grands : « Quand Matisse est mort, il m’a laissé en héritage ses odalisques, et c’est mon idée de l’Orient, bien que je n’y sois jamais allé » (Picasso). L’explosion des couleurs demeure. Ses portraits des années 30 s’articulent de lignes simples et couleurs vives, La blouse bleue de 1936.

Henri Matisse, le vrai

Avec l’album Jazz, la série de papiers gouachés, découpés et collés, édités en 1947, c’est le début de la fin, d’une belle fin, d’une apothéose. Ce travail, dynamique et spontané, au caractère « vrai », rend justice au personnage, affaibli par un cancer que son art a aidé à surmonter. Les détails s’effacent, mais l’impact s’amplifie, L’enterrement de Pierrot de 1947. Le designer de mode britannique, Sir Paul Smith, tout comme Yves Saint Laurent, l’admirent pour la modernité de ses traits et l’audace d’une telle simplicité. Cette nouvelle vision d’après son opération laisse une impression d’un travail jusqu’alors bridé. Entre le dessin et la ligne, la sculpture et l’espace, la peinture et la couleur, « Dessiner avec des ciseaux. Découper à vif dans la couleur me rappelle la taille directe des sculpteurs » (Henri Matisse). Car la sculpture aura été le tremplin de son œuvre picturale.

C.

Pour plus si affinités, le documentaire « Modern Masters – Henri Matisse » par la BBC :

https://www.youtube.com/watch?v=Ob8FWxrKVZY

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