Le graffiti : entre moyen d’expression et vandalisme

Déjà du temps des hommes préhistoriques, laisser une trace sur son passage était chose commune, mais le graffiti n’est apparu que dans l’Antiquité. En effet, ses principales caractéristiques résident dans le fait qu’il est illégal et qu’il permet de transmettre un message publiquement.

Photo : Web

Le graffiti a toujours été un moyen efficace pour les « timides » d’affirmer au grand jour leur opinion en bénéficiant de l’anonymat. On remarque, donc, que là où il y a des graffitis, il y a également eu souvent des conflits gouvernementaux. Durant la deuxième Guerre mondiale, par exemple, les messages antisémites comme les messages antinazis couvraient les murs des villes. Ou encore, lors du printemps arabes, dans les pays où les graffitis n’avaient pas encore pris possession des murs, ils apparurent de plus en plus nombreux pour clamer l’opinion du peuple. Alors, il est normal que l’amalgame graffiti vandalisme se fasse puisque le graffiti est toujours présent quand il s’agit de défier les Autorités. Pourtant, il n’est pas là simplement pour se moquer des règles, comme voudraient le faire croire certains, il revendique aussi un avis, que, souvent, les gouvernements voudraient faire taire. Cet amalgame ne naît que parce que ces tags dérangent, à l’instar de manifestations qui réclament droits et justices. Il est vrai qu’en Suisse ou encore en Allemagne, par exemple, ce n’est pas aussi extrême sans doute parce que la liberté d’expression est, de manière générale, respectée. Cependant, les graffitis restent présents et illégaux, alors la même question subsiste : sont-ils acte de vandalisme ou acte de communication ?

Le principal grief que l’on oppose aux graffitis est de dégrader les lieux publics, or les graffeurs ne dessinent pas sur des monuments tel que les hôtels de ville ou les églises, ni sur des maisons privées, ceci serait, en effet, l’acte d’un vandale, ce qui peut arriver. Les graffeurs, eux, recouvrent les murs d’endroits abandonnés ou la façade terne d’une gare, et ils ne sont peut-être pas toujours là pour donner leur avis sur un problème concret, mais il n’en reste pas moins que leurs fresques expriment un talent artistique certain, comme cela a été le cas sur le mur de Berlin. En effet, lorsqu’à Berlin le mur fut érigé séparant l’Allemagne socialiste à l’Est et atlantiste à l’Ouest, les Autorités de l’Ouest voulaient faire de la capitale un modèle de liberté et de culture, à l’inverse du côté Est. Ainsi, à cette époque, plusieurs artistes sont venus peindre sur le mur, réalisant de véritables chefs d’œuvre. À la destruction du mur, une partie de ces œuvres ont pu être conservées et, aujourd’hui, les touristes peuvent longer ce qu’on appelle l’East Side Gallery, c’est-à-dire un 1.3 kilomètres de graffitis témoignant. À New York, c’est dans les années 70 que les graffitis commencent à prendre l’assaut des murs et surtout des métros, le New York Magazine lance même un concours du plus beau tag de métro. Face à de tels exemples, il n’est plus possible de déclarer que les graffitis sont un acte de vandalisme, plus depuis quelques années du moins. Ils font parties intégrantes du monde de l’art, ils sont la galerie d’art des rues pour chacune des personnes qui auront la chance de les contempler.

En Suisse, les graffitis n’occupent plus une place aussi importante qu’avant. Ils se font plus rares, mais cela dépend surtout des communes, c’est-à-dire qu’elles les tolèrent plus ou moins. Par exemple, à Lausanne, les graffeurs ont plus de liberté qu’à Fribourg où plusieurs amendes ont déjà été distribuées. On peut tout de même constater que la vision de la société concernant les graffeurs a évolué. Aujourd’hui, ils sont plus assimilés à des artistes qu’à des vandales. Effectivement, ils peuvent passer professionnel et on les autorise de plus en plus à taguer certains lieux. L’été dernier à Yverdon-les-Bains, une graffeuse, Krystel Suire, a eu le droit de peindre sur le mur des sanitaires de la ville. Elle a aussi tagué d’un collège sur demande du Service de l’urbanisme et des bâtiments d’Yverdon.

Les tags s’intègrent petit à petit au monde artistique, certaines villes valorisent même cette activité en fournissant des lieux pour les peindre. Toutefois, beaucoup de graffeurs affirment toujours apprécier le côté illégal qui caractérise les graffitis, et continuent à pratiquer cette activité de manière illicite pour retrouver une certaine adrénaline qui permet parfois une meilleure créativité. Peut-être, alors, que le graffiti est condamné à être interdit pour subsister.

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