Dan Wells « Je ne suis pas un serial killer »

Premier roman de Dan Wells, Je ne suis pas un serial killer raconte le combat intérieur d’un adolescent prédisposé à devenir un tueur en série. On découvre les pensées les plus noires de ce sociopathe qui lutte contre un futur qu’il refuse. Sa personnalité hors du commun mêlée au tueur en série qui sévit en ville fait de ce livre un début de trilogie qui brise les clichés du thriller.

Photo: web

Tout le monde s’est déjà retrouvé seul le soir à marcher d’un pas rapide jusqu’à son domicile. Les mains enfoncées dans les poches et parfois le souffle court lorsque l’obscurité reprend ses droits sur la ville. La peur de l’inconnu qui se glisse silencieusement derrière nous tout en refaisant surface dans notre esprit. Chaque ombre mouvante d’un lampadaire et chaque coin sombre deviennent les complices de notre imagination. On croise alors une connaissance et on pousse un soupir de soulagement. Mais saviez-vous qu’un tueur pouvait vivre en bas de chez vous ?

On salue notre voisin avant de rentrer chez nous le sourire aux lèvres. Malgré le fait que l’image du gentil voisin ait été maintes fois utilisées dans les thrillers pour cacher un tueur méticuleux et cruel, on s’avère incapable d’éprouver de la méfiance à l’égard de nos connaissances. On a appris que ces actes inhumains perpétrés par des personnes ordinaires cachent souvent un mobile. Ce mobile que nos proches ne possèdent pas, nous en sommes certains. Pourtant parfois un monstre habite depuis des années l’esprit de ces personnes ordinaires. Il a soif de sang, de cruauté et de mort. Tout le monde le connaît de nom, mais rares sont ceux qui l’ont rencontré, et qui s’en sont sortis vivants. C’est le mal qui ronge les sociopathes.

Ces personnes renferment en eux un terrible secret et elles n’ont comme seules échappatoires que de se conformer à ce qui est normal ou de laisser libre court à leurs pulsions. Dan Wells a créé pour nous un personnage potentiellement très dangereux, l’assemblage de tous les traits de caractère qui font un bon serial killer. Mais il lui a donné une vraie dimension humaine et un regard critique vis-à-vis de sa propre nature.

« – Un fils qui doit suivre des règles pour s’empêcher de tuer des gens, ça ne me réjouit pas, éructa-t-elle. Un psychanalyste qui me dit que mon fils est un sociopathe, ça ne me réjouit pas. Ce qui me réjouirait, c’est…

– Il a dit que j’étais un sociopathe ?

Cool, ça. Je m’en étais toujours douté, mais c’était chouette d’avoir un diagnostic officiel. »

John Wayne Cleaver est un adolescent étrange dont le destin semble tout tracé. Il est renfermé, se passionne pour les tueurs en série, rêve d’embaumer des jeunes femmes, a des tendances pyromanes et aime éviscérer des animaux. Il aide sa mère et sa tante au funérarium depuis son enfance et éprouve une fascination morbide à la vue des cadavres qu’il croise chaque jour. Ce jeune homme intelligent est cependant décidé à ne pas laisser le monstre en lui prendre le dessus. Aidé de son psychiatre, il s’impose des règles très strictes afin de lutter contre ses pulsions. Il réussit à mener une vie d’apparence normale jusqu’à ce que des meurtres d’une violence peu commune soient perpétrés. Les cadavres des victimes sont amenés au funérarium sous les yeux de John qui va vite être obnubilé par ces morts et particulièrement par leur auteur. Il ne va pas tarder à se rendre compte que les meurtres se succéderont si personne ne trouve le tueur. Il décide de mener sa propre enquête et mobilise toutes ses connaissances pour arrêter ce tueur que personne ne peut comprendre mieux que lui. Pour attraper cette autre bête qui se révélera bien plus dangereuse que prévue, il va mettre en péril ses règles et prendre le risque de laisser le monstre en lui s’échapper.

Je ne suis pas un serial killer décrit tout en nuances la noirceur qui habite John et l’envahit parfois mais qui ne le définit pas entièrement. Cette part d’ombre, réveillée par la proximité des meurtres, l’attire irrésistiblement. On découvre au fur et à mesure des pages sa personnalité humaine, qui dans sa lutte contre sa nature cruelle nous fait voir des qualités bien réelles et des valeurs comme le courage et la fidélité envers ses proches. Cet adolescent charismatique et attachant manie l’humour noir avec finesse. Il possède un esprit obsessionnel qui nous emporte au fil des pages tant il réfléchit vite, associe les idées et va droit au but sans jamais omettre de détails. Il décrit toutes les étapes de l’embaumement, de la plus respectueuse à celle dont on aurait préféré ne rien savoir.

Si vous vous êtes déjà demandé ce qu’il se passe sur la table froide d’un funérarium, vous serez servi par les descriptions de John pour qui rien n’est tabou puisque cela le fascine. A ses yeux les corps sont des œuvres d’arts paisibles et l’embaumement un rituel silencieux. Le plus étrange est avec quelle facilité il nous rallie à sa cause, jusqu’à rire de ses plaisanteries macabres et à accepter sa personnalité de sociopathe. Il est le modèle de toutes ces personnes insatisfaites d’elles-mêmes qui luttent pour changer, avec les pulsions de mort en plus.

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