民主 – Démocratie

La Révolution des Parapluies n’est pas une rébellion à l’encontre de la météo chaude et pluvieuse subie par les habitants de Hong-Kong au mois de septembre. Il s’agit du nom donné à un mouvement créé afin de sauvegarder des valeurs démocratiques mises en péril par des décisions du gouvernement central de Pékin. Explications et témoignages[1].

 Photo: Source privée HK

Le passé

Colonie Britannique jusqu’en 1997, Hong-Kong est une île aux valeurs capitalistes dirigée par le plus grand gouvernement communiste de la planète. Son statut de Région Administrative Spéciale la ville l’obtient après de longues années de négociations, précédent son retour sous la coupe du gouvernement central de la République Populaire de Chine. La protection de ses valeurs et du mode de vie de ses habitants est ratifiée dans la Déclaration Conjointe Sino-Britannique de 1984, paraphée par la première ministre britannique Margaret Thatcher et son homologue chinois Zhao Ziyang. Un pays, deux systèmes. C’est ainsi que devait se résumer le contrat passé entre l’ancien et le nouveau souverain d’une région aujourd’hui en proie au trouble. Car selon K, un habitant de la ville ayant vécu le changement de pouvoir, « le gouvernement chinois n’a jamais prévu d’honorer le traité de 1984 et son influence sur la région s’est fait sentir par une baisse graduelle de la qualité du système éducationnel et une forte augmentation des scandales et problèmes liés aux cas de corruption ».

Le conflit

Fleuron de la scène boursière internationale, première depuis près de vingt ans à l’indice de liberté économique établi par le Wall Street Journal, cité étudiante à l’Internet démuselé, Hong-Kong s’est récemment embrasée à l’annonce d’un changement de son système d’élection. En effet celui-ci passera d’un suffrage universel où quiconque peut voter pour son candidat favori à un modèle bridé par le gouvernement chinois qui appointera désormais trois candidats approuvés par le parti unique de Pékin. « Je me bats pour une vraie démocratie. Le système prévu pour 2017 fait preuve d’inégalité. Les réformes électorales sont un vrai pas en arrière pour la démocratie », sur ces réformes, voici l’opinion de J, étudiante en dernière année de lycée à Hong-Kong et membre active du mouvement de protestation qui secoue la ville depuis bientôt un mois.

Bien qu’ils en soient les principaux acteurs depuis le départ, les étudiants n’ont pas toujours été seuls dans leur combat. Les débordements violents du 28 septembre dernier ont déclenché une vague de soutient pour les activistes ainsi qu’un intérêt pour le mouvement, comme en témoigne cette déclaration d’un chauffeur de taxi local: « J’ai amené ma femme et mes deux garçons au cœur de la manifestation afin qu’ils comprennent et ressentent ce pourquoi les étudiants se battent ». Un appui qui tend à se rétracter au fil des jours, les manifestations tirant en longueur et le gouvernement de la ville jouant à un terrible jeu d’attrition dans l’attente de l’éventuel démantèlement naturel des mouvements contestataires.

L’avenir

Cette stratégie semble porter ses fruits, certains activistes relativisant déjà l’issue des combats à l’instar de D, étudiante en sciences pharmaceutiques participant aux manifestations en tant que samaritaine dans les tentes d’accueils aux blessés, « le gouvernement chinois aimerait intégrer Hong-Kong à sa politique alors que nous nous battons pour que la Chine respecte ses promesses lors des accords Sino-Britanniques. Mais au final l’important est de trouver la paix entre les habitants de la ville, la police et le gouvernement ».  Pour J, le discours est bien plus pessimiste, « je pense que ces protestations vont rapidement prendre fin, premièrement car nous créons des inconvénients pour la population générale en bloquant les routes mais aussi et principalement parce que Cy Leung[2] refuse de discuter de la résolution des problèmes, ce qui rend la révolution vide de sens ». Ce désarroi pourrait en partie s’expliquer par un sentiment d’abandon ressenti par les manifestants de part le manque de réaction de la scène internationale.

Pourtant les réformes électorales décidées par Pékin vont clairement à l’encontre des accords de 1984, il est alors curieux de constater que l’un des signataires de ce traité demeure silencieux depuis le début du conflit, et ce malgré les déclarations de John Major, premier ministre britannique en exercice lors de la rétrocession. Dans son discours prononcé en 1996 lors d’une visite sur l’île, Mr. Major avait garanti aux habitants de Hong-Kong l’éternel soutient de la Grande-Bretagne. Près de vingt ans plus tard, alors que les manifestations s’enlisent, que l’appui de la population s’essouffle et que le gouvernement refuse d’entrer en négociation, on est en droit de se demander si au final Hong-Kong ne va pas payer son succès économique au prix de sa démocratie. Car comme le résume tristement K, « il n’y a aucun profit à aller à l’encontre du gouvernement chinois pour les autres pays ». Il semble donc que les étudiants de Hong-Kong resteront seuls sous leurs parapluies.

G-Ls.

[1] Les témoignages cités dans cet article proviennent de discussions en anglais avec des sources sur place et ont été traduites par l’auteur.

[2] Actuel CEO de Hong-Kong.

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