Mort assistée : aide au suicide ou euthanasie ?

On appelle également ça « mourir dans la dignité ». C’est ce qu’on autorise à ces patients en fin de vie qui choisissent la mort comme dernière option. Analyse d’une alternative fortement controversée, ici et ailleurs. Photo : Web

Cette pratique vise une population bien ciblée : sont concernés les patients qui se savent condamnés par une maladie incurable. Il arrive que certains malades préfèrent une alternative qui les fera moins souffrir : la mort. C’est dans ce contexte là que peut être organisé un « suicide assisté » médicalement, et surveillé. Cette solution est légale en Suisse, mais interdite dans la plupart des autres pays, accusée de sa proche parenté avec l’euthanasie.

L’article 15 du Code Pénal Suisse indique que « celui qui, poussé par un mobile égoïste, aura incité une personne au suicide, ou lui aura prêté assistance en vue du suicide, sera, si le suicide a été consommé ou tenté, puni de la réclusion pour cinq ans au plus ou de l’emprisonnement. » Or, le suicide assisté se différencie justement au niveau du mobile. On le dit altruiste, et non égoïste. Lorsqu’un patient fait la demande de mettre fin à ses jours, c’est par sa propre volonté et non par l’incitation d’un tiers extérieur. Autrement dit, c’est alors toléré. Le médecin fournit une « potion » médicamenteuse, qui permettra à son patient d’obtenir l’issue finale souhaitée, et de partir dans la dignité de son choix. Il prend lui-même cette dose lorsque l’auto-administration est possible, et dans le cas inverse, c’est le corps médical qui se charge de le lui donner. Dans le but d’aider ces patients, des associations se sont créées, et ces derniers peuvent maintenant être accompagnés tout au long des étapes suivant leur choix. On peut citer Exit, certainement la plus active en Suisse.

Pourtant, cette pratique autorisée reste encore un sujet délicat. Comment s’assurer qu’un patient en phase terminale ou bien souffrant physiquement et moralement ait encore la conscience de sa demande ? Si certains sont d’avis que si la décision vient de l’individu lui-même, cela est légal, d’autres abordent une frontière floue avec une autre pratique : l’euthanasie. Celle-ci décrit la mort provoquée (surtout dans le milieu médical) pour abréger les souffrances d’un malade. Or la décision n’est pas prise par le patient lui même, mais par l’équipe médicale : volontairement ou par négligence. C’est pour cela que dès la demande de mort assistée formulée, une autorisation écrite du testament est demandée à l’individu.Pourtant, il y a des cas où le patient se trouve dans l’incapacité de faire connaître son voeu (coma, altérations psychologiques…), et ce sont ces situations qui demandent réflexion.

L’euthanasie est interdite en Suisse, comme dans bon nombre de pays. Mais c’est également le cas du suicide par assistance, qui n’est autorisé qu’en Suisse, en Belgique, aux Pays Bas et au Luxembourg.

En effet, la grande majorité des autres pays s’opposent à cette pratique. En France par exemple, la mort assistée médicalement est refusée aux patients. Pourtant, une autre règle entre aussi en vigueur : celle de ne pas être dans l’acharnement thérapeutique. Ainsi, les patients ne peuvent pas demander directement le droit de mourir, mais peuvent exiger l’arrêt de leur traitement, si celui-ci est jugé inutile au vue des progressions de la maladie. Par ailleurs, les soins palliatifs doivent être poursuivis. Cette décision, contrairement au suicide assisté en Suisse, peut également être pris directement par le corps médical, qui doit bien sûr en informer le patient ou, en cas d’incapacité, une personne de confiance. L’obstination déraisonnable fait partie du code de la déontologie médicale, et entre en oeuvre pour garantir une fin de vie digne à ceux qui se savent voués au décès. Pourtant, les questions sont encore soulevées, par exemple avec l’affaire de Vincent Humbert, tétraplégique après un accident de voiture, qui avait formulé par lettre sa volonté de mourir pour abréger ses souffrances. Considéré comme une euthanasie, son voeu avait été rejeté. Aujourd’hui, la France ne semble pas encore prête à autoriser cette pratique.

Les patients incurables doivent-ils donc venir en Suisse pour « mourir dignement » ? Car malgré les débats soulevés, cela reste un des seuls endroits où cela est permis. La question touchant à la déontologie et à l’éthique, elle, restera probablement toujours contestée. Nul doute que le suicide assisté fera encore parler de lui les années à venir… Reste à savoir si les choses évolueront du côté des pays l’autorisant ou de ceux qui l’interdisent.

MaZ.

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