Erasmus humanum est

Des menaces aux sanctions. Suite au vote du 9 février, l’Union Européenne (UE) a suspendu les accords « Erasmus+ » suscitant ainsi un tollé d’indignation et d’incompréhension dans le monde académique. Mesure justifiée ou flagrante injustice ? Analyse. Photo : web

Les échanges Erasmus jouissent d’une popularité colossale chez les universitaires. Ils l’assimilent à une odyssée qui brave la routine estudiantine et leur offre l’opportunité de découvrir un nouveau pays. En gelant les accords, l’UE arrache un idéal aux étudiants, coupables d’être Helvètes. Cette décision constitue le dommage collatéral d’une politique trop conservatrice à l’égard de l’Union Européenne. C’est donc logiquement qu’un amer goût d’injustice mêlé d’un sentiment de révolte plane sur les milieux académiques. Dans un communiqué, les associations d’étudiants de l’Université de Neuchâtel, Zürich et Lausanne dénoncent « une décision politique qui met en péril l’avenir des formations tertiaires suisses ».

À l’heure où l’UE annonçait le verdict, un nombre outrageusement élevé de citoyens ont clamé leur mécontentement tout en s’engageant à se dresser face à cette infamie. Pourtant, voter en faveur du référendum de l’Union Démocrate du Centre (UDC) comportait bel et bien le risque de cette sanction. Belle hypocrisie d’une Suisse qui se veut défavorable à l’UE mais encline à hauteur de 74% (!) à conserver les accords bilatéraux. Bénéficier sans offrir. L’opportunisme helvétique ne pouvait perdurer sans froisser l’Union Européenne. Quand le protectionnisme prôné par l’UDC lynche la collaboration internationale, ce sont les étudiants qui portent le deuil.

Certes, les perspectives ne sont pas réjouissantes mais l’heure n’est pas à la dramatisation. Les accords « Erasmus+ » pourraient être renégociés puisqu’il « n’existe pas de lien formel et matériel entre les accords sur la formation et les accords de libre circulation » a indiqué Christian Levrat, président du Parti socialiste suisse. Si le gel persiste, il existe une alternative plausible bien qu’onéreuse, le financement des bourses par la Confédération. Toutefois, à long terme, cette solution n’est pas viable. Le salut des échanges Erasmus passera par un compromis avec l’UE. Les instances politiques suisses devront convaincre l’Union Européenne d’opter pour une politique « win-win » au détriment de ce « lose-lose » en vigueur qui envenime les relations bilatérales.

Cette remise en question des accords « Erasmus+ » a éveillé un brusque intérêt politique chez de nombreux apolitiques convaincus. Très bien. S’ils déplorent l’injustice, le sentiment est louable. Problème : le fait d’en être la victime est (trop) souvent l’unique cause de leur « virulente » insurrection. Si effectivement l’iniquité les révulse, nul besoin d’incarner une nouvelle icône de la révolution mais plutôt de se rendre aux urnes. La suspension des échanges Erasmus nuit à la Suisse, force est de constater que ses citoyens aussi.

DiMa 

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