« Can Art change the world ? »

Ce mois dernier, nous avons beaucoup entendu parler de l’artiste Banksy qui a remué la population de New York avec ses tagues dissimulés dans la ville. Cet art qui se veut soumis aux lois du temps et de la rue a une toute autre portée que celui des musées. À l’aube des années 2000, un adolescent parisien débute cette expérience sans volonté artistique, et pourtant… Photo : web

Nous sommes mardi 12 novembre 2013, 13h30. Il pleut sur Paris. Mais sous cette pluie, une multitude de visages sourient aux passants. Des visages qui semblent figés de bonheur. Parmi eux se trouvent des enfants, des adultes, des vieillards, des femmes, des hommes formant un magnifique patchwork de diversité et d’unité à la fois. Nous apercevons alors un peu plus loin un camion peu ordinaire. Sur le côté de ce dernier, un énorme objectif d’appareil photo est représenté et de celui-ci sortent des photos format  135 cm * 90 cm. C’est le photomaton géant de JR. Mais qui est donc cet homme nommé par des initiales ?

17h. La salle du cinéma parisien mk2 attend JR pour sa master classe. Le voilà qui entre avec son chapeau en feutre et ses lunettes noires teintées avec un air de dandy décontracté. Fabrice Bousteau – rédacteur en chef de « Beaux-Arts Magazine » – lui pose des questions. JR affirme que c’est grâce à ce dernier qu’il a réussi à comprendre un peu l’art contemporain qui était pour lui un langage incompréhensible. Nous pouvons nous étonner de rencontrer un artiste qui ne connaît pas l’art, pourtant c’est là toute la particularité du parcours de JR.

À travers les questions de M. Bousteau, nous apprenons que, durant son adolescence, JR allait taguer les toits de Paris avec des amis. Un jour, le jeune garçon trouve un appareil photo argentique 35 mm dans le métro. Il commence alors à prendre en photo ses prouesses de chat de gouttière et  affiche dans la rue ses clichés.

Puis, lors des émeutes qui ont lieu dans la capitale française en 2005, il se rend dans les cités de  banlieue les Bosquets et la Forestière – épicentres des manifestations – et il prend en photo de jeunes gens de ces endroits faisant des grimaces. Il affiche par la suite ces images en grand format dans des quartiers bourgeois de Paris. C’est le début d’une longue histoire de collage illégal.

En 2007, il se rend en Israël et en Palestine. Il capture avec un appareil 28 mm le portait de Palestiniens qu’il colle sur le mur de la honte du côté israélien et vice-versa. Ceci n’est pas sans risque. Il reçoit beaucoup d’avertissements au sujet des autorités sur place, des dangers qu’il peut courir, etc. Malgré cela, il mène à bien son projet, surmontant ce que des gens croyaient impossible et repoussant ses propres limites. Le plus étonnant est que les indigènes avec qui il discute participent volontiers à l’entreprise.

En 2008, JR fait un voyage au Brésil dans le but de monter un projet dans une favela de Rio de Janeiro. À l’époque, l’endroit est encore dirigé par des trafiquants de drogue. Ainsi, il doit aller négocier avec ces derniers afin que son idée puisse être mise en pratique. JR doit expliquer simplement le projet et s’adapter au locuteur « car, nous dit-il, allez expliquer à un trafiquant qui se balade avec sa kalachnikov :  » écoute, jeune homme, je fais de l’art contemporain  » (le tout sur un ton snob).»

L’artiste développe ensuite d’autres idées dans de nombreux lieux autour du globe. En Suisse, il affiche des images à Vevey et à quelques autres endroits. Il colle notamment des images de minarets dans plusieurs lieux, suite à la votation du 29 novembre 2009.

JR gagne le prix des TED Talks 2011, ce qui lui permet de lancer « Inside Out », faisant ainsi de chaque citoyen du monde un possible acteur du nouveau projet. En se demandant si l’art peut changer le monde, il finit sa conférence en lançant à l’assemblée : « I wish for you to stand up for what you care about by participating in a global art project, and together we’ll turn the world inside out. » Dès ce moment, chacun peut envoyer sa photo à JR afin qu’il l’imprime en grand format et la renvoie, pour que celui qui a décidé de participer à « Inside Out » colle lui-même sa photo dans le but de développer son propre petit projet. Ainsi, en Tunisie, lors des printemps arabes, un petit groupe de Tunisiens fait appel à JR et colle une grande quantité de portraits de natifs du pays à des endroits symboliques (comme ceux où se trouvaient précédemment des images du dictateur) afin de représenter la voix du peuple.

JR est un artiste anonyme actuellement connu mondialement. À 30 ans, il souhaite continuer ses projets aussi longtemps qu’il le puisse. Il ne sait quand cela s’arrêtera, car son art est auto-financé. Ses ressources proviennent uniquement de la vente des toiles qu’il expose maintenant dans des galeries. Il mène encore la plupart de ses entreprises sans demander d’autorisations (non sans s’être retrouvé à plusieurs reprises au poste de police). JR est un philanthrope. « Je continue à croire en l’humain, affirme-t-il, pourtant, j’en ai vu des choses qui peuvent vous faire perdre foi en la vie. »

Un an après le lancement d’ « Inside Out » en 2011, une centaine de millier de personnes ont déjà participé et JR déclare : « I don’t think that art can change the world, but it can change people’s lifes. »

Pour plus d’informations, consultez son site http://www.jr-art.net

LO.iz

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