L’improbable destin de 1406 œuvres d’art disparues

Il est des trésors que l’on croit perdus à jamais, destinés à devenir légendes urbaines s’effaçant au fil du temps, sombrant finalement dans l’oubli collectif. Cela aurait pu être le cas de ces quelques 1406 œuvres d’art retrouvées chez un octogénaire munichois que le hasard a fait ressurgir d’un sombre passé.

Cette affaire pour le moins improbable commence en février 2012 lorsque la police procède à une perquisition au domicile bavarois de Cornelius Gurlitt. A l’origine de cette descente, une banale anecdote qui aurait tout aussi bien pu n’entraîner aucune conséquence ; en septembre 2010, l’octogénaire attire l’attention des douaniers lors d’un voyage en train entre Munich et la Suisse. Il était alors en possession de 9000 euros en liquide, ce qui, en soit, ne constitue rien d’illégal, mais ne manque pas d’éveiller les soupçons des douaniers. En février 2012, la police effectue finalement une perquisition chez M. Gurlitt car il s’était avéré que cet homme n’était inscrit dans aucune administration, et par conséquent, n’existait légalement pas. C’est dans son appartement munichois que les policiers ont fait cette incroyable découverte. 1406 toiles, dessins, ébauches et autres œuvres d’art visuel sont entassés derrière un mur de détritus en tous genres.

Le monde de l’art n’est pourtant pas au bout de ses surprises puisqu’il s’avérera après expertise que ces œuvres ont non seulement disparu durant le Troisième Reich, mais sont en plus pour nombre d’entre elles l’œuvre de grands maîtres de l’art moderne et classique. Ainsi, des artistes tels que Marc Chagall, Henri de Toulouse-Lautrec, Pablo Picasso, Auguste Renoir et autres Otto Dix ou Henri Matisse figurent dans la collection miraculeusement retrouvée. Il s’agit d’un trésor d’autant plus précieux et intéressant que plusieurs œuvres étaient jusqu’ici inconnues.

Il paraît au premier abord surprenant qu’un vieil homme sans histoires possède un tel trésor, et surtout depuis aussi longtemps. L’explication de ce drôle de cas prend ses racines dans les heures les plus sombres de l’Histoire moderne. Cornelius Gurlitt n’est autre que le fils d’Hildebrand Gurlitt, un tristement célèbre marchand d’art ayant établi ses affaires et sa réputation au contact des nazis. En effet, chargé de faire disparaître l’art dégénéré de la circulation durant le Troisième Reich, il avait pour mission de rassembler ces œuvres jugées décadentes par le régime en place soit en les achetant à des prix indécents, soit en dépossédant simplement leurs propriétaires. Les œuvres étaient ensuite revendues ou exposées dans des musées afin de montrer au public la honte que ces pièces représentaient. Hildebrand Gurlitt a profité de ses sombres activités pour mettre de côté une impressionnante collection privée qu’il a léguée à son fils, dans le plus grand secret bien entendu, à sa mort en 1956.

La question se pose maintenant de savoir ce qui va advenir de cette collection. La justice a d’ores et déjà publié une liste de quelques-unes des œuvres découvertes, afin qu’elles retrouvent leurs propriétaires légitimes. Une partie du trésor devrait ainsi être restituée aux familles spoliées durant le Troisième Reich alors qu’une autre partie pourrait être exposée dans divers musées, tandis que la possibilité d’une restitution partielle de sa collection à Cornelius Gurlitt a également été évoquée. Ce dernier fait quant à lui l’objet d’une enquête pour fraude fiscale et recel d’œuvres d’art.

H.D.

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