L’exposition Genesis: un voyage photographique à l’échelle de la planète

Quel est l’avenir pour notre planète? Est-il encore possible de la sauver? Proposée jusqu’au 5 janvier 2014 au Musée de l’Elysée, à Lausanne, l’exposition Genesis présente et questionne les enjeux mondiaux. 240 photographies en noir et blanc pour un peu de culture, de réflexion ou simplement, pour le plaisir des yeux. Photo : web

L’écologie est au coeur des débats actuels. L’homme y prend part ou s’y perd. On nous dit bien des choses, mais que croire? La question défraie les chroniques, elle effraie. Le fait est cependant là: nous ignorons où le monde va. Si la technologie nous a permis la découverte de cette planète, à quel prix? Celui de sa ruine? Un monde que nous admirons tellement mais dont nous ne semblons pas pouvoir empêcher la destruction. Avec son exposition Genesis, et son ouvrage du même nom, Sébastiao Salgado nous donne la possibilité de le redécouvrir. Une quête photographique, un réel hommage à la planète, une interrogation sur le futur, et une exposition splendide à voir au Musée de l’Elysée, à Lausanne, jusqu’au 5 janvier 2014.

Samedi 2 novembre. L’hiver commence à se faire sentir. Le temps est cru et le lac se mue sous une bise noire. Le monde semble aller mal, l’écologie souffre. A Lausanne, la foule se presse à l’Elysée pour découvrir le travail de Sébastiao Salgado, économiste de formation, photographe brésilien autodidacte et fondateur de l’Instituto Terra. Un projet d’envergure réalisé avec l’aide de l’UNESCO et de sa femme, Lélia Wanick Salgado; un nouveau regard posé sur le monde, que Salgado nous présente à la fois fort et fragile. Un regard qui interroge, critique, et gêne, parfois. Par son exposition, l’artiste nous propose une renaissance: celle de cette terre, qu’on remarque n’avoir jamais vraiment été complètement nôtre. Le titre semble avoir été bien choisi. Ce travail, c’est la genèse d’une planète dont l’homme s’est emparé, la révélation d’une face inconnue de celle qu’on prétend si bien connaître, la splendeur d’endroits demeurés intacts depuis la création du monde. Durant huit ans (2004-2012), le projet Genesis a capturé, sur chaque continent et dans plus de 100 pays, de nombreux paysages et populations encore intouchés par l’homme et les sociétés modernes dans lesquelles il s’inscrit.

En partant des îles Galapagos, comme l’a fait Charles Darwin il y a presque dix huit décennies, Salgado a pris part à plus de 32 expéditions à travers le globe: montagnes, déserts, océans, il nous paraît avoir tout franchi. C’est en avançant lentement au travers des nombreuses salles que comporte le Musée de l’Elysee, divisé pour celle-ci en cinq sections géographiques, qu’on redécouvre la nature dans toute sa majesté, guidés par cet homme brillant. Et dès notre premier pas dans la pièce, Salgado a toute notre attention. 240 clichés en noir et blanc d’une puissance sans nom recouvrent les murs peints en rouges ou blancs pour l’occasion. La lumière est intime, la stupeur des visiteurs est palpable. On applaudit, on est saisi; le coup de foudre est même violent. Un carnet à la main, je déambule. Les citations de certains d’entre eux font sourire. Il n’est en effet pas rare d’entendre les photographies comparées à la peinture (on reconnaît Rembrandt et Georges de La Tour). Des images qui demandent par ailleurs un vrai travail visuel. On s’approche, on s’éloigne, et on découvre un tableau complètement différent. L’auteur nous piège, s’amuse, joue avec les lignes, les textures, les matières, les milieux, les mouvements, les plans et les échelles, qu’il rend multiples. Au gré des salles et des étages, certains s’exclament, d’autres prennent note de leur prochaine destination de vacances. Derrière mes écrits, je ris jaune. Car n’est-ce pas après tout ce que cette exposition dénonce? L’avenir de la planète, les enjeux écologiques, les risques du tourisme et la prise de conscience? Par son travail, Salgado nous propose une voie pour l’humanité et tire la sonnette d’alarme. Il appelle aux armes: ces endroits-là, nous pouvons encore les préserver, mais il faut agir, maintenant, et essayer de réparer les dommages déjà effectués. En détrônant l’homme civilisé, il rend cette planète à tous, à tous ces peuples, humains et animaux: et si elle ne nous appartenait plus? Une complexe mosaïque qui touche, émeut et nous révèle la force et la fragilité d’une nature par endroits encore inviolée.

« Dans Genesis, j’ai suivi le rêve romantique de vouloir retrouver – et partager – un monde primitif trop souvent invisible et hors d’atteinte. (…) Je voulais simplement montrer la nature dans sa splendeur partout où je pouvais la trouver. Je l’ai découverte dans des espaces infinis d’une diversité biologique immense qui, il faut le savoir, recouvrent pratiquement la moitié de la surface de la Terre, dans de vastes déserts en grande partie inexplorés, dans d’immenses forêts tropicales ou tempérées, et dans des chaînes de montagnes d’une beauté impressionnante. Découvrir ce monde encore intact a été l’une des expériences les plus enrichissantes de ma vie. »
(Sébastiao Salgado)

Son oeil est vif et son parcours est grand. Pour cette cause et ce projet, Salgado s’est dépassé. Assister à l’exposition, c’est être contemplatif d’un travail à la fois de photographe et d’explorateur, qui fut effectué par un homme qui affirme n’avoir jamais été « sportif » ou « préparé », journaliste ou scientifique. Plus qu’un travail, c’est même une splendide aventure qui se cache derrière ces clichés qu’on pense « instantanés », à tort. En effet, comme il l’affirme dans son livre, Salgado aime attendre. Alors que ses tableaux laissent croire à des clichés pris sur le vif, ils sont en réalité extrêmement recherchés et composés. Il ne se contente pas d’observer, mais il approche et comprend. Dans une interview au journal 24Heures, il raconte sa démarche: « Le premier animal que j’ai photographié était une tortue géante des Galapagos, de 200 à 300 kilos (…). Je viens vers elle, elle s’en va. Il fallait que je la comprenne, que je montre sa dignité mais je n’y arrivais pas. J’étais désespéré. J’ai tenté une expérience un peu au hasard. Je me suis mis sur les coudes et elle s’est arrêtée. J’ai décidé de me faire plus petit en me traînant sur les coudes. Elle est revenue. J’ai reculé pour lui montrer que je la respectais et elle est venue à 10cm de moi, regarder mon visage, mes mains. Elle avait la même curiosité de moi que moi d’elle. Je devais juste comprendre de quel angle elle pouvait m’accepter. » Une quête photographique, certes, mais aussi humaine. Une volonté de comprendre et d’expliquer. D’avertir et de sauver.

Si les visiteurs faisaient donc foule, une question était bel et bien sur toutes les lèvres: pourquoi le noir et blanc, uniquement? Salgado, né en 1944, a commencé sa carrière comme photo-journaliste pour de multiples agences de renom (on cite entre autres Magnum, et l’agence Gamma). Dans les années 90, il décida de se tourner vers une forme de photographie plus artistique. La photographie couleur, qui s’est répandue dans les années 50, était à cette période encore vue comme un outil vulgaire et très utilisée pour la publicité. Dès lors, par volonté de reconnaissance, le photographe, se mit, dans un mélange d’argentique et de numérique, à utiliser le noir et blanc, un genre photographique considéré comme traditionnel par la communauté artistique, car authentique. Une forme de résistance à l’exploitation commerciale de la photographie que Salgado prit donc très au sérieux. Dans ses clichés, les contrastes et les lumières  sont forts, les nuances de gris puissantes et pointues. Ils accentuent les détails et mettent en valeur les splendides paysages révelés par Salgado. Et on ne peut qu’approuver son choix. En se tournant vers le lac, à la sortie du musée, on se dit qu’il ne tient désormais qu’à nous de faire le nôtre: suivre ses pas ou marcher vers un désastre annoncé?

 Une magnifique exposition pour tous à voir jusqu’au 5 janvier 2014. Et n’oubliez pas: l’entrée y est gratuite chaque premier samedi du mois et l’exposition continue même dans les jardins du musée! Attention à la foule, par contre. J’y ai eu droit.

 cGa

 Musée de l’Elysée, Lausanne. Jusqu’au 5 janvier 2014. http://www.elysee.ch/accueil/

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