Le « Phonebloks » téléphone portable de demain

Votre Nokia 3210, votre Motorola V3690 ou encore votre Sony Ericsson Walkman W910i squattent le tiroir avec les milliers de trésors que vous avez accumulés ces dix dernières années? Ce n’est pas grave, une révolution est en marche: le Phonebloks! Photo : web

Le Phonebloks est un concept de téléphone portable modulable qui a été lancé par un jeune designer hollandais, Dave Hakkens. Début septembre, ce jeune homme de 25 ans a utilisé internet, et a fait appel à la communauté mondiale pour relayer son idée de Smartphone durable et personnalisable. Ce projet relance une fois de plus le débat sur l’obsolescence de nos appareils numériques.

Un téléphone écologique! Osons le mot. Plus besoin chaque année de dépenser une somme considérable pour être à la pointe de la technologie en terme de communication. Plus besoin de jeter votre ancien appareil qui ira s’accumuler dans des décharges à l’autre bout du globe. Il suffit de changer une pièce à l’arrière de votre portable pour avoir les nouvelles possibilités qu’offre aujourd’hui la téléphonie mobile. On remplace une pièce cassée ou défectueuse, on en ajoute une autre comme on intervertirait une pièce de Lego. Depuis quelques années, les consommateurs ont compris que la durée de vie de leur téléphone peut être augmentée. Il existe des magasins qui changent des batteries, des vitres cassées ou encore des prises sons défectueuses. La vraie innovation dans le projet du Phonebloks c’est la personnalisation. Si vous adorez filmer votre chat et publier ces exploits sur internet, il suffit de choisir un «bloks» caméra de meilleure qualité et de l’entreprise de votre choix. Pour ceux qui souhaiteraient avoir sur leur mobile la discographie complète de Henri Dès, on choisi simplement un espace de stockage plus important. Pour les personnes qui ne sont pas à l’aise avec les appareils numériques, on crée un portable avec les fonctions essentielles qu’ils utilisent au quotidien sans le surcharger de fonctions superficielles.

Depuis la présentation du concept par son inventeur, plusieurs spécialistes en téléphonie mobile et en ingénierie se sont penchés sur les possibilités de créer ce Smartphone un peu fou. Il semble que le Phonebloks soit réalisable techniquement, c’est plutôt le marché qui pose problème. Les premiers concernés sont les opérateurs téléphoniques, ils vendent des abonnements de 2 ans. Un forfait qui comprend un portable souvent une sorte de leasing et un nombre de communications définies ou souvent illimitées. Les opérateurs ont donc besoin que nous changions de téléphone pour continuer ce type de contrat. Autrement, comment justifier un prix d’abonnement aussi élevé si on ne change plus d’appareil? Les entreprises de télécommunications font leurs marges là-dessus, car le coût des communications lui devient de moins en moins cher. Il y a aussi les constructeurs qui devront se mettre d’accord sur le type de logiciel à utiliser, il faudra aussi une norme pour les «bloks» interchangeables de sorte que l’ensemble des entreprises puisse créer les leurs. Les experts mettent aussi en avant le coût de la recherche, il faudrait une entreprise qui possède des reins assez solides pour se lancer dans l’aventure Phonebloks.

Un géant du numérique? Une entreprise «Too big to fail»? Le message semble être passé, puisque c’est l’ogre Google qui a racheté l’entreprise Motorola en 2011 qui se lance dans le projet. La multinationale a fait savoir qu’elle s’associait avec Dave Hakkens pour travailler sur ce téléphone modulable et écologique. Il semble que Google était déjà sur un concept similaire au Phonebloks puisqu’il a présenté fin octobre le «Motorola Ara», qui reprend les caractéristiques de l’invention du jeune designer hollandais. Bien que ce ne soit qu’un prototype, l’idée d’un Smartphone en kit que l’on peut monter soit même et personnaliser à son envie, fait donc son petit bonhomme de chemin.

MotorolaAra

(Motorola Ara – Photo : web)

On voit qu’aujourd’hui «les entreprises numériques» essayent de s’adapter aux nouvelles consciences écologiques qui ont émergé dans notre société. Cependant, le problème le plus important reste le consommateur lui-même. L’acheteur est souvent conscient des problèmes environnementaux, mais cela sera-t-il un argument de poids pour son choix de téléphone portable? Sans parler du design, les fonctionnalités sont-elles aussi décisives que l’on souhaite nous le faire croire? Dans une société où les consommateurs sont prêts à payer deux fois plus pour avoir le dernier produit de la fameuse entreprise californienne à la pomme, rien n’est moins sûr…

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 MiRo

4 pensées sur “Le « Phonebloks » téléphone portable de demain

  • 26 décembre 2013 à 10:33
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    Je comprends ton enthousiasme que j’avais également ressenti lorsque j’avais entendu parler de ce projet sur Kickstarter (ou une autre plateforme de financement participatif). Je l’encouragerais même volontiers, sauf que mon réalisme pessimiste me fait te dire que ce tu ne mentionnes pas vraiment c’est qu’en fait cet appareil ne s’adresse qu’à une clientèle idéale: celle qui choisit son outillage numérique.
    En réalité c’est une utopie, certes tout à fait louable, que de croire qu’il existe une demande de produits correspondant à des besoins spécifiques. Si tel était le cas, les smartphones ne se vendraient pas aussi bien puisque beaucoup d’usagers se cantonnent à une utilisation téléphonique et éventuellement photographique, choses qu’un certain nombre d’appareils bons marché font très bien sans pour autant connaître un grand succès. A une autre niveau d’utilisateurs supposément expérimentés on peut également relever des discours a priori incohérents de type « fidélité à une marque » quand ceux ci ne vont pas jusqu’à un militantisme imbécile, comme si la pérennité de leur multinationale préférée dépendait de leur engagement, au détriment d’un choix raisonné pour un appareil qui leur fournirait vraiment ce qu’ils attendent en termes d’expérience d’utilisation.
    Cela pour dire que, malheureusement, malgré la bonne intention qui régit ce projet et auquel j’aimerais moi aussi beaucoup rêver. J’ai du mal à croire à la réussite d’un tel appareil sur le marché tel qu’on le connaît actuellement d’avantage dirigé par le sentiment que la raison.
    Les mines de silicium et autres métaux lourds dont on saigne l’Afrique, les employés des usines d’Asie qu’on exploite et qu’on met en danger et les tonnes de déchets écologiquement nocifs produits tout au long de la chaîne ont a mon avis de beaux jours devant eux.

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  • 18 décembre 2013 à 11:50
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    Bonjour!

    Tu as probablement raison Lys C, il y aura des décharges de pièces interchangeables, car l’industrie de la communication mettra chaque semaine de nouvelles pièces sur le marché. Les différentes pièces deviendront donc rapidement obsolètes. Je pense que le projet n’est pas parfait, mais il permet une certaine prise de conscience et démontre qu’il y a de jeunes designers qui réfléchissent aux technologies de demain en y mêlant nouveauté et meilleures gestions des ressources et de l’environnement. Le problème de tomber entre de mauvaises mains répond évidemment aux coûts de développement d’un tel projet. Il faudra voir dans ces prochaines années de quelle manière se développe le projet!

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  • 6 décembre 2013 à 20:41
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    Mais tu ne crois pas que le débat sur l’obsoléscence ne fera que se déplacer vers les pièces interchangeables ? On risque bien de tomber dans une surconsommation de gadgets personnalisés, qui évolueront encore plus vite. L’idée était bonne pourtant, mais tombée dans de mauvaises mains.

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