L’internaute écolo, un héros passif

Tel Ecosia, « le moteur de recherche qui plante des arbres » grâce aux clics de ses utilisateurs, les outils internet respectueux de l’environnement se multiplient. A l’heure où Apple, Google, Facebook changent de couleur pour rassurer les utilisateurs, un dilemme écologique se pose : faut-il perfectionner nos modes de consommation ou freiner leur développement ? Eclairage. Photo :web

Si la déforestation due à l’industrie agroalimentaire fait rage, les amateurs de fastfood peuvent se tranquilliser. Aujourd’hui, on peut replanter des arbres en surfant sur internet, gratuitement. C’est du moins une possibilité proposée par Ecosia, moteur de recherche allemand à vocation écologique créé il y a quatre ans. En effet, 80% des revenus générés par les recherches sont versés à un projet de reforestation au Brésil (Plant a Billion Trees). A ce jour, plus de 100’000 arbres ont pu être plantés, grâce aux généreux clics des 200 000 surfeurs.

L’écologie en vogue sur la toile

Ecosia n’est pas un cas unique, le web écolo se popularise. De nombreux outils de ce type on vu le jour il y a quelques années. C’est, par exemple, le cas de Veosearch, qui reverse ses bénéfices à des associations de développement durable, ou encore Recherche Ecologique, qui économise quinze Wh par page grâce à un fond noir.

Même chez les grands patrons de la toile, on observe une tendance vers un marketing vert. Depuis 2007, Google a investi 915 millions USD dans les énergies renouvelables. En 2010, le réseau social Facebook a lui aussi fait son choix et s’est lancé dans le développement durable, notamment dans la gestion de ses data centers, suite à une campagne de Greenpeace. Même Apple, qui s’est vu d’abord classé par le groupe environnemental au dernier rang de propreté dans son rapport How Dirty is Your Data ? en 2011 (la firme installait un de ses plus grands iDataCenter en Caroline du Nord, où la ressource en électricité compte parmi une des plus « sales » des Etats-Unis : 61% charbon et 31% nucléaire). L’entreprise a par la suite aménagé 100 hectares de générateurs photovoltaïques, couvrant 60% de la consommation de son nouveau data center.

Les démarches de Greenpeace vers un internet écologique visent surtout les géants du web qui jouent un rôle primordial dans l’impact environnemental du numérique. De plus, l’association relève que l’illusion de gratuité créée par internet et exploitée par la publicité accélère fortement la consommation globale.

« Bienvenue dans un monde meilleur »

Chaque clic et téléchargement dans le monde virtuel génère un coût matériel. Selon le New York Times, la consommation mensuelle d’un utilisateur Google standard s’élève à 180 Wh, l’équivalent d’une ampoule allumée durant trois heures. Un bilan qui peut paraître modéré à côté du rapport alarmant de Greenpeace Make it Green : Cloud Computing and its Contribution to Climate Change 2010, affirmant que la demande de consommation en kWh du cloud computing, élevée à 662 milliards en 2007 (davantage que celle de l’Inde), aura plus que triplé durant la prochaine décennie et dépassera probablement celle du Brésil, du Canada, de la France et de l’Allemagne réunies.

Face à de tels chiffres, une question se pose : serons-nous en mesure de combler nos besoins en énergie, et cela, même si l’on mange, surfe et respire vert ? Ecosia est une alternative ingénieuse permettant aux internautes de recomposer des forêts sans argent et sans effort. Mais elle dissimule un paradoxe : n’est-ce pas justement l’illusion de la gratuité, cause de l’explosion de la consommation, qu’il faut briser ?

Lys C

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