«Amener son fils au football ce n’est pas du bénévolat»

On ne naît pas graphiste, charpentier ou instituteur, cela s’apprend. Il en va de même pour le bénévolat. L’Association Neuchâteloise de Services Bénévoles (ANSB) aide et conseille les individus et les institutions dans ce domaine.

Photo : Web 

La Suisse, pays d’accueil, certes, mais est-elle aussi le pays du bénévolat? En 2013, cette pratique est encore parfois caricaturé ou mal comprise par la population. À Neuchâtel, il existe l’Association Neuchâteloise de Services Bénévoles (ANSB) qui cherche à rassembler et organiser l’ensemble des acteurs et des organisations qui œuvrent pour l’entraide bénévole santé sociale. Rencontre avec Marie-France Vacheron, cheffe de ce service.

La Suisse compte aujourd’hui environ 2,4 millions de bénévoles, soit à peu près quatre personnes sur dix. Ce chiffre paraît assez important, cependant, mis en comparaison avec nos voisins, il perd quelque peu de sa superbe. Les Allemands, les Autrichiens ou encore les Français ont un pourcentage de bénévole nettement supérieur. Seul notre voisin italien porte le bonnet d’âne du plus mauvais élève de la classe en terme d’entraide. Il faut préciser qu’on distingue deux bénévolats différents. Le Bénévolat formel ou organisé qui rassemble les activités non rémunérées pour une association sportive, une organisation caritative ou une institution civile par exemple. Le Bénévolat informel, ce sont des actes non rémunérés sans qu’il y ait un cadre organisé. Ce sont des initiatives individuelles par exemple la garde d’enfants ou l’aide au voisinage. «Pour finir, il y a des personnes qui me disent: moi je fais du bénévolat, j’amène toujours mon fils au football. Non! Ce n’est pas du bénévolat, même informel.» s’exclame Marie-France Vacheron, cheffe du service bénévole neuchâtelois. Il faut aussi préciser qu’il y a des disparités assez fortes en terme de bénévolat en Suisse. Si seulement 15 à 17 % de la population sont bénévoles en Suisse romande et au Tessin, ils sont plus du double dans les régions alémaniques. Il y a aussi plus de bénévolat dans les régions rurales que dans les agglomérations. Selon une étude sur le bénévolat de l’Office Fédérale de la Statistique (OFS) parue en 2011, d’où sont tirés les chiffres précédemment cités, on ne peut pas mettre de côté le fait que le bénévolat est d’abord une question culturelle.

L’Association Neuchâteloise de Services Bénévoles (ANSB) regroupe environ 75 groupes et institutions qui collaborent avec des bénévoles. Par exemple l’Association Alzheimer Suisse Neuchâtel, Caritas, La Croix-Rouge Suisse ou encore Pro Infirmis. «On est là pour faire des entretiens à des gens qui souhaitent faire du bénévolat, pour les diriger en fonction de leurs compétences. On aide des institutions à créer des groupes de bénévoles ou à se séparer de certains qui ne rentrent plus dans le cadre ou dans une équipe. On fait aussi des formations dans certains domaines.» explique Marie-France Vacheron. L’association a aussi ouvert depuis une année, un jour par semaine, une permanence pour le canton du Jura. L’ANSB a surtout mis en place une bourse aux bénévoles, sur son site internet, qui combine l’offre et la demande en matière d’entraide. «Notre spécificité, c’est l’aide en santé sociale, mais la bourse du bénévolat on l’a ouvert pour tout ce qui demande de l’aide: Festi’neuch, L’Auvernier Jazz Festival, etc.» souligne Madame Vacheron.

 Même si la Suisse est moins touchée par la crise que ses homologues européens, on pourrait penser que les personnes prêtent à donner un peu de leur temps diminue. Pourtant à travers les années le réservoir de bénévoles semble stable, c’est la demande qui s’est accrue. «Il y a 10 ans, on arrivait toujours à répondre à la demande, aujourd’hui on arrive plus, il y a plus de demandes, la population vieillit, les personnes âgées s’isolent.» signale la responsable du services bénévoles. Il faut aussi savoir que l’association refuse plus des ¾ des personnes qui se présentent pour faire du bénévolat. Ce sont souvent des personnes envoyées par des médecins qui ont envie de reprendre une activité, mais qui ne sont pas assez bien personnellement pour aider les autres. «Pour aider, on est obligé d’être mieux que celui que l’on va aider.» explique Marie-France Vacheron. Ce constat rejoint aussi celui de l’OFS qui montre que ce ne sont ni les gens les plus fortunés ou les individus qui ont le plus le temps qui sont bénévoles, mais ceux qui possèdent un cadre familial et professionnel stable et qui sont bien intégrés dans la société.

Une des règles d’or du bénévolat est de donner en moyenne entre 4 à 6 heures de son temps par semaine. «Quand on fait un appelle aux bénévoles, les gens ne répondent pas, car ils ont l’impression qu’ils vont être engagés à mi-temps.» souligne Marie-France Vacheron. Le temps est aussi un problème avec les jeunes. Ils ne souhaitent pas venir pour quelques heures par semaine, ils offrent 3 mois à plein temps. Ils sont peu nombreux dans le service bénévole de Neuchâtel. «On a de la peine à accueillir ces jeunes qui veulent donner beaucoup de temps, car quand ils partent, ils font un sacré trou.» avoue la responsable de Services Bénévoles. Malgré ces problèmes auxquels elle devra faire face, l’ANSB qui organise cette entraide pour le canton de Neuchâtel semble bien fonctionner. La Suisse n’est peut-être pas un modèle en la matière, mais le bénévolat a encore de belles années devant lui.

MiRo

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