Ivresse et drogues : l’exutoire de « l’opprimé »

Au delà de l’aspect récréatif de l’alcool et des drogues, quel est le leitmotiv du consommateur ? Comment expliquer, chez certains, la perpétuelle quête de l’état second ? Le prétexte de la convivialité est insuffisant, l’homme agit pour des raisons plus profondes, parfois inhérentes à sa conduite. Analyse. Photo : Maéva Besse

La conduite de chacun s’articule en fonction des règles qui régissent une société. Autrement dit, la liberté d’action existe mais dans un champ restreint. Le citoyen est prisonnier d’un système, libre mais forcé d’agir dans le respect des conventions. Mais à l’atteinte de l’état second, le jugement d’autrui est inhibé lui procurant un sentiment de véritable liberté. Quand  les barreaux tombent, il s’évade de sa « cellule sociétale ».  Il évolue sans prendre garde des contraintes usuellement pesantes. Le contrôle n’existe plus et donc chaque règle devient obsolète. À travers l’état second, l’homme se déleste de son fardeau pour obliquer et quitter l’autoroute du quotidien.

L’heure n’est pas à l’apologie de l’ivresse ou de la drogue, non. Au contraire, l’aspect de cette liberté ultime engendre un vicieux paradoxe. Si l’état second représente la liberté réelle, elle est conçue dans l’irréel (ou du moins un réel biaisé). Les sens étant chamboulés, la réalité perçue diffère de celle d’un individu sobre. La problématique est la suivante : l’homme va tendre à réitérer l’état dans lequel il se sent le plus libre, à savoir le second. Processus qui va engendrer l’addiction, laquelle va démystifier peu à peu l’évasion initiale des premières ivresses ou voyages euphorisants. Funeste dessein certes, mais pas absolu.

Le paramètre du contrôle de sa propre vie est déterminant. Si l’individu cherche la liberté à travers une perte de contrôle volontaire tout en étant conscientisé que celle-ci est illusoire, le danger de désenchantement est moindre, logique. Mais l’homme a-t-il les ressources nécessaires pour tracer une frontière nette entre l’illusion et le réel ? Rien n’est moins certain. Sans cette capacité, l’individu aboutira indubitablement à une perte de contrôle. Ce facteur néfaste, conduit à la diabolisation des drogues et à la condamnation de l’ivresse. Ce revers de la médaille est mis en exergue au dépend de l’exaltation que peut amener l’état second.  La morale tend à encenser la sobriété en vertu des conventions sociales en opposition à l’ivresse qui elle, s’en détache.

L’ivresse, l’euphorie peut unifier des individus diamétralement opposés. L’objectif  implicite d’évasion engendre une complicité d’ordinaire inexistante. Se complaire pour plaire. La tolérance atteint son paroxysme. Des amitiés sans lendemain se lient dans le seul but de jouir de l’instant, c’est la poésie éthylique. Ce bonheur, malgré sa conception précaire, est manifeste. Il a la faculté d’être spontané et donc authentique. Le dilemme persiste : la fugacité ignore la déception, la fabulation repousse la raison.

DiMa

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