Une princesse des tôlards et l’imaginaire

Viviana von Allmen
Au théâtre Palace, lundi 23 janvier, Nathalie Saugeon nous a offert avec « Histoire de vivre » un spectacle tout en rêveries.
Il s’agit de sa première pièce, qu’elle a écrite à l’âge de19 ans.
Le texte est poétique mais incisif,
La mise en scène de Catherine Hauseux se concentre sur les 4 comédiens qui maîtrisent à la perfection différents registres de langages autant que les silences. La lumière et le son, gérés par Jean-Luc Chanonat, scandent la transformation des esprits, et le retour a une force de vivre.
Dans une cellule d’une prison quelconque, deux prisonniers purgent leur condamnation à vie. Ce sont Simon et Yvan qui partagent le même espace sans fenêtre. Pourtant dans leur cachot il y a trois cochettes. Ce dernier matelas sera occupé encore une fois. L’arrivé d’un nouveau, jeune, du genre discret, suscite des regards de malveillance entre les deux anciens résidents. Manifestement, les choses risquent de très mal se passer pour lui. Mais Germain se met à raconter des histoires qui vont, peu à peu, bouleverser totalement les rapports entre les trois hommes. Sa première action est celle d’ouvrir la fenêtre de l’imaginaire qui se loge dans tout un chacun. 
Des jours d’une insupportable monotonie s’écoulent pour Yvan et Simon dans ce sordide milieu carcéral. Mais un jour, la porte de leur univers s’ouvre et emporte un nouveau détenu. Tout de suite ils le narguent et la violence s’installe… Mais au cri de « Gardien Gardien ! » tout rentre dans l’ordre. Quand la geôlier paraît, Germain cherche à justifier son appel en disant :  «Une cartouche pour les messieurs et des aquarelles, s’il vous plaît »
Le « petit » dessine une fenêtre qui sera l’issue de leurs imaginaires. Germain nous emporte avec maîtrise dans ses métaphores, grace aux talents multiples de Stéphane Durant. Il commence à se transfigurer en Enna la Princesse, en géant des ténèbres et en milliers de «Torrides». Les personnages sortent  de son cahier vert, qu’il garde jalousement. Ses deux compagnons sont à l’hauteur. Charles Meurisse dans le personnage de Simon, qui est resté gamin, réussit magnifiquement à nous transporter dans sa cruelle enfance, et avoue l’incompressibilité de son crime dans un récit plus qu’émouvant. Quant à Arnaud Perrel incarnant Yvan, il joue son rôle à la perfection, en maintenant une distance virtuelle à travers son monde irréel entre le public et son personnage.
Les jours se succèdent et une étincelle de rêverie s’installe dans l’esprit des trois prisonniers. Leur univers n’est plus le même dans la cellule règne une complicité de l’imaginaire.
Une pièce forte, qui ouvre à la réflexion sur les événements qui ont bouleversé nos vies.

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