Coupé du Monde

En ces temps de liesse du football, difficile de passer outre un événement tel que le Mondial. Ce grand rassemblement d’un mois tout juste modifie radicalement les comportements. Toutefois, des questions se posent sur l’ampleur de cette grande messe et de son rôle dans nos sociétés.

Que ce soit nos médias couvrant la compétition en long (très long) et en large, que ce soit les supporters se déchainant pour la victoire de leur équipe, que ce soit au moment du café où le compte-rendu des matchs vous est fait en détail, le mot d’ordre est simple : non, vous n’échapperez pas au Mondial! La place du football dans nos sociétés n’est plus à démontrer. Elle est totale et imprescriptible. La célébration du football s’envisage désormais sous les auspices d’un droit fondamental. Car voici une des facettes de cette liesse internationale : une période de non-droit où se libèrent les passions et s’exaltent les nationalismes momentanément endormis. Au vu des précédents événements du football, la liesse était bien présente. Par contre, elle semblait s’exprimer de manière différente. On a bien évidemment entendu les klaxons et les supporters dans les rues lors de l’Euro 2008, mais pas avant le second tour au moins. Or, ce Mondial 2010 nous a plongés dès les premiers matchs dans la cohue de la ferveur du supporterisme, comme si la cocote-minute n’avait plus pu attendre pour exploser. Quelles différences entre ce Mondial et le précédent? Soit la célébration footballistique à corps et à cris (et à klaxons) commence à entrer dans nos mœurs, soit la fin d’année 2009 et début 2010, marquées par le sceau de la crise et de la morosité économique répétée comme un mantra par l’ensemble de la presse, a fait naître le besoin de s’affranchir de ces questions angoissantes. Un gigantesque exutoire moderne et international de nos craintes collectives et un moment où les tensions se libèrent, ne serait-ce pas ça la véritable nature du Mondial?
Malgré cette nécessité cathartique de la coupe du monde, ne remplit-elle pas le rôle d’écran de fumée? Le parallèle peut paraître facile, mais l’expression panem et circenses (du pain et des jeux) apparaît alors à une proximité presque malsaine de nos jeux modernes. Tant que le peuple célèbre le football en buvant la bière officielle du Mondial (car on ne saurait nier la motivation économique de cette manifestation), il ne pense pas aux salaires des managers, au rachat des actifs pourris de l’UBS qu’il devra payer d’une manière ou d’une autre, à la crise qui lui est tombée sur le nez et à la prochaine qui arrivera tôt ou tard (tôt si l’on regarde l’agenda des crises économiques passées). Bref, il se tient tranquille.
Loin de moi l’envie de critiquer la passion du football, elle n’est pas plus condamnable que la philatélie ou l’escalade. Mais lorsqu’un phénomène d’une ampleur pareille tambourine aux portes de chaque ménage, on peut s’interroger sur la légitimité d’un droit à la non-participation au Mondial. Je ne parle pas des joueurs, mais bien de nous, ceux pour qui le football n’est qu’un sport parmi d’autres et que le sport n’est déjà pas un motif de joie en particulier. Ce droit paraît quelque peu illusoire quand on envisage l’étendue de la célébration à travers la vente de produits dérivés, des multiples émissions télévisuelles et de la place de l’événement dans l’esprit des gens.
Finalement, qu’on aime le football ou non, on remarque que le mondial ne laisse pas indifférent. Il semble désormais difficile de faire abstraction de cette manifestation planétaire aussi récente soit elle. On peut se poser la question de savoir si l’engouement pour cet événement va perdurer ou s’il finira par s’effondrer sous son propre poids. Ceux qui guettent les heures de sommeil en pleine session d’examens voudront y croire et les adeptes du football prendront la question pour une hérésie et pensent que le ballon continuera de tourner de manière immuable. Mais n’oublions pas que ballon qui roule n’amasse pas mousse.
MAG

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