La littérature à l’honneur

Mardi 21 octobre s’est déroulée une conférence donnée par George Steiner. Celle-ci était  la première d’un cycle de conférences organisé par la «Maison des littératures».

L’auditoire de la Faculté des Lettres à Neuchâtel était presque comble mardi 21 octobre à l’occasion de la conférence donnée par George Steiner. Ce célèbre écrivain et philosophe s’exprimait sur le thème «A quoi bon la littérature ?».  Au fil de son allocution, George Steiner a présenté les différentes critiques qui touchent la littérature avant de montrer tout ce que celle-ci apporte à notre société. Il a également fait part de ses inquiétudes quant à l’avenir de la littérature avant toutefois de conclure sur une étincelle précieuse d’espoir.
George Steiner a tout d’abord rappelé à quel point il était difficile de définir la littérature. Il a ajouté que celle-ci n’occupait qu’une courte période de notre histoire, qui repose en grande partie sur l’oralité. Il a mentionné la métaphore comme «la plus grande découverte de l’être humain». George Steiner s’est ensuite arrêté un instant sur la notion de «fiction», celle-ci étant au cœur du littéraire. Il parle des œuvres comme étant la création d’un monde, mais aussi d’un personnage qui finit par échapper à son auteur. Et de mentionner à ce sujet la correspondance de Tolstoï dans laquelle celui-ci se plaint qu’Anna Karenine lui échappe ou encore Flaubert : «Je meurs comme un dieu et cette putain de Bovary doit vivre toujours». Ainsi la fiction apparaît comme une puissance de la vie.
George Steiner a mentionné ensuite Platon qui considère le poète comme un faussaire, un menteur. L’écrivain rappelle ensuite que ce platonicisme se retrouve encore dans les régimes totalitaires où l’on brûle des livres sous prétexte de conserver la santé morale des citoyens.
Le point de vue de Freud a lui aussi été cité. Selon lui, toute fiction est purement enfantine, une simple manière de s’échapper de la réalité. Elle représente le stade adolescent, car l’adulte doit se tourner vers les sciences exactes et humaines qui peuvent seules mener l’homme à la vérité. Ce dernier point  nous amène à une autre critique émise contre la littérature : les sciences exactes vont de l’avant. Chaque semaine quelque chose de nouveau est découvert, tandis que la littérature se tourne vers le passé. Et George Steiner de demander : «Pensons-nous qu’il y aura un autre Shakespeare, un autre Dante, un autre Goethe ?».
George Steiner nous a fait part de ses réflexions sur la littérature actuelle. Selon lui, la littérature du 21ème siècle se doit de sortir de l’éphémère. Il rapporte les méthodes de l’Angleterre qui raye du marché un roman qui n’a pas suscité de critique positive dans les seize jours après sa sortie. Il regrette également que les grands classiques soient si peu connus. «76 % des lycéens italiens ne savent pas à quel siècle placer Dante», se désole-t-il. Il a rappelé à quel point la fiction, la poésie permettaient d’éclairer l’existence. «Si la littérature venait à disparaître, un silence étourdissant s’installerait dans notre civilisation». Selon lui, la littérature est le moyen absolu de dire «si» («si j’étais avec Rimbaud !»), de dire «non» à la réalité. Il mentionne l’infini miracle du «savoir par cœur», seule chose que l’on ne peut pas nous ôter. Il cite encore Pindare, qui avait déclaré : «Peut-être mon poème va survivre à la langue dans lequel je le chante». Et tout en louant cet orgueil sublime, il conclut et dit : « Je mise sur Pindare et j’apprends par cœur ».
Cette conférence était la première d’un cycle organisé par la «Maison des littératures». Celle-ci s’est construite autour du Master en littératures que l’Université de Neuchâtel propose depuis 2007. La «Maison des littératures» (MALIT) réunis cinq instituts de littérature (française, italienne, allemande, espagnole et anglaise). Elle propose des cycles de conférences et de films, des colloques, des salons littéraires et diverses manifestations publiques.
Sonia Bernauer
Pour plus d’informations : www.unine.ch/litteratures

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